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Re: Correcteurs et corrections

Publié : 24 févr. 2009, 02:57
par coco47
prof a écrit :
céciledingwall a écrit :Message supprimé !
.....Essayez d'oublier votre expérience malheureuse. Il doit bien exister des salles de rédaction où l'harmonie règne entre les journalistes et les correcteurs, conscients de leurs objectifs communs : la satisfaction des lecteurs et, partant, l'existence de leur journal et la pérennité de leur emploi.
Tout à fait d'accord ! J'ai eu la chance de connaître une telle entente pendant plus de vingt ans, dans trois journaux. Limitée toutefois à 95 % de mes collègues journalistes et… correcteurs, car il existait (et existera toujours sans doute) des bisbilles entre les correcteurs eux-mêmes, comme entre les journalistes eux-mêmes. Mais c'est d'un banal…

Publié : 24 févr. 2009, 02:59
par coco47
Au fait, il parlait de quoi (en substance et en termes policés), le post supprimé ?

Publié : 24 févr. 2009, 23:01
par céciledingwall
Désolée, c'est moi qui ai supprimé mon propre message, parce que ça m'a posé un problème après réflexion de faire part de certaines choses sans pseudo sur un forum public.

En gros, je parlais d'une expérience particulièrement désagréable de travail au sein du service correction d'un quotidien de province. J'ai eu affaire à trois spécimens de correcteurs qui donnent à réfléchir sur cette profession.

En particulier, je m'interroge sur la propension de ce métier à développer chez ceux qui l'exercent des tendances psychorigides et obsessionnelles. Elles sont sans doute nécessaires pour conserver le regard "méchant" qui permet de traquer la coquille et l'incongruité, mais peu compatibles avec des relations saines avec les humains alentour, autant que j'ai pu en juger.

J'ai quand même entendu un de mes anciens collègues râler avec un mépris ostensible que les lexicographes allaient désormais pêcher des mots en banlieue pour faire leurs dictionnaires. Et pas question de discuter ou de mettre le débat sur le terrain de la linguistique, les trois fâcheux terrorisaient le service et imposaient leur Amour de la Remarquable Langue de Jadis et Naguère. Se jetant à la tête des noms d'auteurs prestigieux et morts, ils comptaient bien restaurer le verbe magnifique de Claudel dans les colonnes de ce quotidien...

J'ai dû les supporter quelques mois et j'avoue que quand j'y repense, j'oscille entre une énorme colère et l'envie d'éclater de rire.

Ce qui m'a fait poster sur ce forum, c'est que le ton de certains intervenants me rappelle parfois furieusement ces trois zozos. Je trouve dommage (et agaçant) que certains cuistres se servent de la langue française pour régler leurs névroses, en prétendant la défendre, elle qui ne leur a jamais rien demandé.

Publié : 24 févr. 2009, 23:07
par céciledingwall
J'ajoute que je parcours régulièrement ce forum, que je trouve très intéressant et instructif, au-delà de l'agacement dont je fais part dans mon post précédent. :)

Publié : 25 févr. 2009, 04:53
par coco47
"En particulier, je m'interroge sur la propension de ce métier à développer chez ceux qui l'exercent des tendances psychorigides et obsessionnelles. Elles sont sans doute nécessaires pour conserver le regard "méchant" qui permet de traquer la coquille et l'incongruité, mais peu compatibles avec des relations saines avec les humains alentour, autant que j'ai pu en juger", dites-vous, Cécile.

Je ne pense pas qu'il faille, pour corriger, un regard "méchant". Il faut un regard aigu et un esprit rigoureux, ce qui n'est pas incompatible avec un esprit compréhensif et même parfois amusé, car certaines coquilles et bourdes peuvent être très drôles.
Vous décrivez très bien une catégorie de correcteurs imbuvables. Il y en a d'autres. Les "précieux ridicules", par exemple, parfaits bas-bleus des deux sexes, qui passent plus de temps à farfouiller dans leurs innombrables dictionnaires qu'à corriger effectivement.
Il existe aussi les écrivains ratés. Ils ont toujours voulu écrire. Ils n'y sont jamais parvenus. Alors ils se vengent.
Et encore les malades. La profession de correcteur est une de celles qui connaissent le plus fort taux de suicide. En vingt-quatre ans de métier, j'ai connu personnellement cinq futurs suicidés, plus quelques-uns qui aujourd'hui ne sont guère en meilleur état.
Mais à côté de ces fâcheux, combien de joyeux compagnons ! Allez ! juste un souvenir. C'est un soir, vers 23 h, dans le cassetin de France Soir. Un correcteur lance à la cantonade* une devinette en forme de définition de mots croisés :
— Onanisme chez les nains ?
Quelques secondes et une réponse sort de la cantonade* :
— Branle-bas.
Eclat de rire général. Quelques secondes encore et un autre collègue relance :
— Onanisme chez les naines ?
Silence général. Attente. Rien. Pas de réponse. Celui qui a posé la deuxième question répond lui-même :
— Branle-bas de combat.
Ce n'était pas de la plus extrême délicatesse mais on s'est bien marrés.

* Cantonade. Il y aurait beaucoup à dire sur la contribution de la cantonade à la correction des journaux. Voici un exemple. Tout le monde travaille, le nez dans sa copie (la tête dans le guidon, en argot de cassetin). Quelqu'un bute sur une difficulté. Sans lever la tête de son ouvrage, il énonce à la cantonade le mot qui lui pose problème. Occurrence ? Aussitôt, sans que personne ne lève non plus la tête, une voix, n'importe laquelle, issue de la cantonade, répond : deux c deux r. Et l'affaire est réglée. On continue. C'est qu'il y a un canard à boucler. C'était cela la cantonade. Le travail d'équipe. Le groupe au secours du membre du groupe. Le collectif. Cela n'existe pratiquement plus. Peut-être encore au Journal officiel, dernière grosse concentration de correcteurs.
Le bulletin du Syndicat des correcteurs s'est longtemps appelé Cantonade. Aujourd'hui, je ne sais pas.

Publié : 25 févr. 2009, 10:58
par céciledingwall
Coco47, elles m'ont bien faire rire, vos blagues à la cantonade !

Je pratique la correction depuis quelques années et je dois dire que ces trois imbéciles donnent une si mauvaise image du métier que j'en étais arrivée à me demander si j'allais continuer dans cette voie. D'autant que ces affreux dénigrent les compétences de leurs collègues afin de se faire mousser. Ce qui peut avoir des effets dévastateurs, surtout que la correction porte par nature à douter encore et toujours...


C"est tout de même agréable de constater qu'exercer la profession de correcteur ne requiert pas forcément d'être sévèrement dérangé et de renoncer définitivement à tout sens de l'humour.

Publié : 25 févr. 2009, 11:05
par citizen
Ca me fait penser à ces termes sortis d'on ne sait où, qui deviennent provisoirement à la mode : en ce moment on entend pas mal "reculade" ("une reculade du gouvernement" par exemple... pourquoi ne pas dire "recul" ?..). Il y en a d'autres, dont je ne me souviens pas pour l'instant.

Publié : 25 févr. 2009, 11:44
par prof
coco47 a écrit :[...] Le bulletin du Syndicat des correcteurs s'est longtemps appelé Cantonade. Aujourd'hui, je ne sais pas.
Bonjour !
.....Avant d'être un titre de bulletin, ‹.Cantonade.› a été le nom de code d'un projet longtemps caressé au sein de l'ex-école Coforma, projet qui envisageait de mettre au service des correcteurs une importante base de données lexicales. Cette entreprise n'a malheureusement pas vu le jour. Certains correcteurs restent persuadés que, s'il se pouvait que cette base se réalise en tenant compte des besoins spécifiques de leur métier, elle leur serait encore d'un grand secours ainsi qu'aux secrétaires de rédaction et aux journalistes.
.....Cordialement.

Publié : 25 févr. 2009, 11:52
par prof
citizen a écrit :Ca me fait penser à ces termes sortis d'on ne sait où, qui deviennent provisoirement à la mode : en ce moment on entend pas mal "reculade" ("une reculade du gouvernement" par exemple... pourquoi ne pas dire "recul" ?..). [...]
Bonjour !
.....Si on en juge par la définition du Grand Robert.: «.RECULADE [R(th)kylad] n. f. – 2. (1798). Mod., péj. Le fait de reculer, de céder, après s'être trop avancé, trop engagé.; concession peu honorable.», le mot convient parfaitement à la situation actuelle.
.....Cordialement.

Publié : 25 févr. 2009, 12:19
par citizen
Peut-être, mais je me demande surtout pourquoi ce terme est tant utilisé en ce moment (je suis jeune, mais il ne me semble pas l'avoir entendu ces dernières années). Le phénomène qui définit une reculade n'est pas apparu il y a quelques semaines...

Edit : ah, oui, je pense à un autre : j'entends souvent depuis quelques temps (j'écoute beaucoup France Info...) des commentateurs sportifs, qui disent que les joueurs ont "fait preuve de beaucoup de réalisme"... ça me fait toujours rire... ça signifie peut-être quelque chose, mais pour moi ça reste obscur... (et comme l'autre, je ne l'entendais jamais avant)

irritations d'un SR de campagne

Publié : 25 févr. 2009, 12:38
par omar
Et "tollé général", vous n'en avez pas assez ? Un tollé est forcément général ! Et "voire même" ! Voire veut déjà dire "et même"...

Publié : 25 févr. 2009, 13:12
par prof
citizen a écrit :Peut-être, mais je me demande surtout pourquoi ce terme est tant utilisé en ce moment [...]
.....Peut-être est-ce parce que jamais personne ne s'est autant avancé ou n'a jamais ainsi reculé, ou en si peu de temps, ou aussi spectaculairement ? N'oubliez pas non plus le côté moutonnier des médias.
les joueurs ont "fait preuve de beaucoup de réalisme"
.....On est en droit de se demander de quoi ils pouvaient bien faire preuve le reste du temps.
.....Cordialement.

Re: irritations d'un SR de campagne

Publié : 25 févr. 2009, 14:17
par prof
omar a écrit :Et "tollé général", vous n'en avez pas assez ? Un tollé est forcément général ! Et "voire même" ! Voire veut déjà dire "et même"...
Bonjour !
.....Mais, consultant le Grand Robert, je trouve :
.....TOLLÉ [tóle] n. m. — Littér. Clameur de protestation. - (XIXe). Mouvement collectif d'indignation*. - Blâme (1.), clameur (2.), cri (supra cit. 12), haro (supra cit. 4), huée (2., supra cit. 1). Un tollé général. Des tollés.
.....VOIRE [vwaR] adv. — 1. Vx (langue class.). Sans aucun doute, certainement. — . (1636). Vx ou par plais. Exclamation qui marque le doute, l'ironie. - Vraiment. Voire, voire! justement! c'est tout à fait ça! (- Antiphrase, cit. 2; 1. frais, cit. 3). — 3. (V. 1155, veire). Mod. (Employé pour renforcer une assertion, une idée). Et même* (III.). «Chapitres de moines, voire chapitres de chanoines» (cit. 1, La Fontaine). De longs mois, voire des années (- Argile, cit. 8). Considérations négligeables (cit. 2), voire mesquines. On me trouvait poseur (cit. 1), voire insolent. - (Renforcé par même). «Ce remède est inutile, voire même pernicieux» (Académie).
.....Cordialement.

Publié : 25 févr. 2009, 14:27
par omar
Le Grand Robert m'en bouche un coin ! Je m'incline. je vais devoir présenter des excuses à beaucoup de monde !!!

Publié : 25 févr. 2009, 18:21
par coco47
prof a écrit :Avant d'être un titre de bulletin, Cantonade a été le nom de code d'un projet longtemps caressé au sein de l'ex-école Coforma, projet qui…
Coforma a été créée sous l'égide du Syndicat des correcteurs (et accessoirement avec les sous de ses adhérents — j'étais à l"époque le trésorier du syndicat) et les "inventeurs" du titre Cantonade pour le bulletin syndical des correcteurs furent aussi les premiers animateurs de l'école (je pense en particulier à J.-D.F. et F.D.). Le projet d'une banque de donnés reprenant le nom de l'organe syndical ne vint que plus tard.