Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

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Catherine_75
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Catherine_75 » 21 nov. 2017, 00:53

Ilola a écrit :
20 nov. 2017, 18:31
Ah ah, Porcile, une ancienne de L'Express ? J'ai quitté au bout de 22 ans, en mars 2009, en profitant d'un plan social bienvenu...

Le souvenir que j'en garde est, donc, plutôt du type "Grandeur et décadence"... Du coup, je suis même étonnée de lire qu'ils prenaient encore des suiveurs en 2016 !
Ce n'est pas Porcile une "ancienne" de L'Express, mais moi, Catherine_75. Et, aujourd'hui, c'est plutôt la décadence sans la grandeur.
prof
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par prof » 21 nov. 2017, 10:08

     Quelqu'un sait-il si le syndicat des correcteurs a l'intention de produire un ouvrage critique tel que celui qu'il avait publié en 1991 (Trait d'union, anomalies et cætera. Analyse des « rectifications » de l'orthographe et contre-propositions) ?
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Ilola » 21 nov. 2017, 13:14

Catherine_75 : désolée pour l'erreur, je me suis emmêlée !

Pour ma part, j'avoue que j'ai tourné la page au propre comme au figuré, la "décadence", hélas, ayant, pour moi, commencé largement avant que je le quitte.
Je dirais tout de même que, en termes purement de qualité journalistique et sans considération pour son positionnement politique (lequel, lui, a "disparu" depuis encore plus longtemps, j'ai du mal à me dire que ce journal-là, jadis, fut porteur du combat pour l'indépendance algérienne et afficha des positions tranchées sur les grands problèmes sociétaux de l'époque !), j'ai eu encore la chance d'y découvrir ce que j'appellerais "de beaux restes" de la grandeur passée, malgré tout, qui se traduisaient notamment par un haut degré d'exigence, lequel aura permis à notre service Révision de perdurer avec des effectifs plutôt enviables, encore, jusqu'aux années 2000. Avant que la décadence s'accélère... et que les derniers restes de la grandeur passée disparaissent, sous les coups de quelques fossoyeurs au cynisme ravageur. Et à la myopie encore plus ravageuse. Les nains ont fini par tomber des épaules des géants sur lesquelles ils étaient longtemps restés perchés !
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Ilola » 21 nov. 2017, 14:12

Bonjour, Prof, je m'interroge aussi sur ce que je perçois comme un lourd silence du syndicat, à tel titre que, du reste, je me demandais si ce syndicat continuait d'exister...

TOUTEFOIS, en lisant ta question m'apparaît un danger : celui de faire accroire que nous aurions affaire, aujourd'hui, à une quelconque "réforme" décrétée en haut lieu et prévue, donc, pour s'appliquer, ce qui appellerait, donc, une prise de position "officielle" du Syndicat des correcteurs.

J'avoue que j'hésite, du coup, à souhaiter de la part de ce syndicat qu'il se lance dans la rédaction d'un "ouvrage critique" donnant à ce qui n'est encore qu'une lubie d'idéologues patentés NON RECONNUE par les autorités politiques comme linguistiques de ce pays une sorte de reconnaissance de ce qui pourrait devenir une "réforme annoncée".

Ne pas prendre les devants, ici, me semblerait plutôt judicieux : pour moi, le combat contre cette écriture "à points médians" doit déjà, pour commencer, consister à NOMMER celle-ci pour ce qu'elle est (à points médians), en la sortant du flou artistique que maintient l'expression "écriture INCLUSIVE", qui, elle, selon ses promoteurs, regrouperait :
1/ "féminisation" des mots supportant d'être féminisés sans trop tordre le cou ni à la langue, ni à ses règles de grammaire et à ses usages orthographiques, en vue de répondre à des évolutions sociétales déjà largement ancrées ou massivement en cours : Athènes n'avait que des "citoyens", la Révolution a inventé les "citoyennes", Diderot avait "un" secrétaire, le PDG eut "une secrétaire", et je ne vois donc pas pourquoi on ne continuerait pas sur cette lancée-là !
2/ ET utilisation des points médians qui supposent l'ajout de terminaisons multiples ne correspondant aucunement ni à l'histoire de notre langue, ni à son fonctionnement, ni aux évolutions que le peuple qui la parle aurait spontanément induites, ni aux habitudes de lecture (de gauche à droite sans retours en arrière pour greffer la terminaison suivante sur un radical restant à extraire !), ni, bien sûr, à nos usages grammaticaux et orthographiques.

Pour ma part, et je sais que, déjà ce sujet-là fait polémique : le n° 1 – la féminisation – constitue ou constituerait une évolution de notre langue pour la rendre plus apte à nommer CE QUI EST – et est donc à mes yeux un enrichissement de la langue, dans la lignée peut-être pas de la "neutralité républicaine", mais des évolutions linguistiques déjà enregistrées par le passé. Soit : une évolution a-politique.

Tandis que le n° 2 – l'ajout de terminaisons multiples à l'aide de points médians – ne répond qu'à des exigences idéologiques portées par une poignée de militantes soutenues par quelques mouvances politiques tout aussi militantes et, surtout, que je soupçonne pour ma part de vouloir se refaire une virginité, en passant d'un "islamo-gauchisme" de plus en plus décrié à un "féminino-gauchisme" vendu au bon peuple des futurs électeurs comme un "grand pas vers l'égalité des sexes" ! La culpabilisation des esprits rétifs a de beaux jours devant elle. Et le résultat à attendre en reste la destruction de tout notre édifice linguistique, outil peaufiné pendant plus d'un millénaire.

Je pense donc que la première URGENCE, pour notre syndicat, n'est pas (pas encore) de combattre ce qui menacerait d'être institué, mais de combattre le mensonge des NOMS et la manipulation des esprits qu'il permet. Et de combattre POUR faire évoluer la langue, plutôt que CONTRE ceux qui veulent la détruire.
Donc, plutôt, de nourrir le DÉBAT, plutôt que de figer dans le marbre une agression linguistique sous couvert d'y répondre ou... de "faire avec".
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par prof » 21 nov. 2017, 15:01

Ilola a écrit :
21 nov. 2017, 14:12
Je pense donc que la première URGENCE, pour notre syndicat, n'est pas (pas encore) de combattre ce qui menacerait d'être institué,
► La prise de position de l'Académie française laisse entendre que la menace est actuelle, et que le danger est suffisamment important pour que nous engagions tous ensemble le combat contre « l'aberration "inclusive" ». Si le syndicat y participe, tant mieux. J'attends surtout de lui qu'il défende la possibilité, pour un correcteur, d'exercer un droit de retrait sans craindre aucune sanction.
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par prof » 21 nov. 2017, 16:32

prof a écrit :
21 nov. 2017, 15:01
La prise de position de l'Académie française...
Celle du premier ministre clora-t-elle ce pitoyable épisode ?

« Dans une circulaire, Édouard Philippe donne consigne à ses ministres de bannir des textes officiels l'écriture dite "inclusive".
© afp.com/STEPHANE DE SAKUTIN Le Premier ministre, Edouard Philippe, à Bobigny le 20 novembre 2017

L'exécutif a tranché. Dans une circulaire transmise à ses ministres, le Premier ministre Édouard Philippe s'est montré très clair: il ne veut pas voir d'écriture inclusive dans les textes officiels. 

"En particulier pour les textes destinés au JO"
"Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive", écrit le chef du gouvernement, dans ce document officiel qui doit paraître mercredi dans ce même JO.
L'écriture inclusive consiste notamment à inclure le féminin, entrecoupé de point-médians, dans les noms, comme par exemple: agriculteur⋅rice⋅s. Cette règle controversée d'élargissement du féminin dans la langue française suscite un vif débat ces derniers mois en France. »
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Ilola » 24 nov. 2017, 22:22

Merci, Prof !

A cette bonne nouvelle s'ajoute le réveil de notre Académie française, qui vient d'annoncer qu'elle allait réfléchir à la féminisation des noms de fonction et de métier avant la fin décembre, je crois !
Espérons qu'elle ne tranche pas chaque fois pour des formes au féminin différentes de celles qui ont été choisies par les Belges, les Suisses et les Canadiens depuis plus de vingt ans déjà :-)
Olivier MONTULET
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Olivier MONTULET » 28 nov. 2017, 14:27

Lorsque j'écris tous, tous inclus Femmes et hommes, ça va s’en dire et sans nécessité de novolangue ou d’écriture « inclusive » imposée par acte de domination (d'autorité).
"Tous" est parfaitement inclusif alors que "tous.tes.N*." est extrêmement discriminant.
"Tous.tes.N." écrivez-moi "tout" en 4 lettres 😉 et n'essayez pas de le lire, ce charabia idéologique, à haute voix ou même de le lire intérieurement sans perdre tous sens à votre lecture.

* N (neutre) ou A (autres) pour les LGBT. et pourquoi pas, en plus, H pour les personnes en situation d'handicape... etc.
Olivier MONTULET
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Olivier MONTULET » 28 nov. 2017, 14:29

Imposer l'écriture inclusive c'est nier la culture, c'est renoncer à son passé et donc à son avenir. La culture n'a pas à s'imposer par des actes de domination (d'autorité).
Olivier MONTULET
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Olivier MONTULET » 28 nov. 2017, 14:32

Je ne suis pas partisan de l'Académie française, institution qui a pour fonction de figer la langue d'autorité. Mais je ne suis pas plus pour toute autre injonction d'autorité pour imposer des féminisations, des novolangues, des orthographes ou des écritures exclusives (et non pas inclusives puisqu'elles formalisent la distinction).
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BabyDior
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par BabyDior » 28 nov. 2017, 19:16

Puis-je vous demander ce que vous pensez de la règle de proximité qui veut qu'on accorde l'adjectif avec le genre du dernier nom cité quand il y a à la fois du féminin et du masculin. Ex. : des manteaux et des vestes blanches... Mon rédac chef voudrait que je lui donne ma bénédiction pour l'adopter et que je créé une nouvelle charte (je pense que ça choque son oreille pas trop regardante par ailleurs sur les règles de typo et autres). Moi j'ai tendance à penser que c'est une aberration, qui plus est qui ne règle rien puisque dans ce cas de figure c'est le "masculin" (neutre) qui disparaît dans l'accord... Il voudrait aussi favoriser l'emploi de mots épicènes, ce que je trouve personnellement assez réducteur si on se force à le faire coûte que coûte. Mais il a vu ça dans Slate : https://m.slate.fr/story/153501/ecritur ... imite?amp ; du coup, il veut faire pareil... (On n'est pas aidé, croyez-moi...)
J'aimerais bien avoir vos avis là-dessus...
Merci à tous et bonne soirée.
bernardmorin
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par bernardmorin » 04 déc. 2017, 00:33

La question de l'écriture inclusive renvoie à celle de la « lecture inclusive ». Car j'aimerais bien entendre quelqu'un lire à haute voix quelque chose du genre : « Les étudiant·e·s et les lycéen·ne·s sont invité·e·s à remettre leurs dossiers à l'employé·e préposé·e à l'enregistrement des candidat·e·s. » Dirait-il·elle : Les étudiant point médian e point médian s et les lycéen point médian e point médian s sont…, etc ? Bonjour la concision ! Et en poésie ? Et même simplement en littérature ? La musique de la langue ? Le rythme d'une belle phrase ? Un texte ainsi déformé est tout bonnement illisible.
Ilola
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Ilola » 05 déc. 2017, 16:00

Selon ce que j'ai lu "quelque part", le point médian séparant le mot masculin de sa terminaison au féminin se place... à la fin du radical, ce qui expliquerait que les éditions Hatier aient choisi d'écrire "agriculteur·rice", le "t" appartenant au radical.
Le lecteur qui lit à voix haute est donc supposé savoir retrouver où s'arrête le radical, pour pouvoir raccorder correctement la terminaison du féminin ensuite, ce qui est, à mon avis, une vue de l'esprit pour la plupart des lecteurs, et, en tout cas, pour les élèves !

Si le lecteur averti comprend qu'il faut dire "agriculteur", puis retirer "-eur" pour coller à la place "-rice" au radical "agricult-", je fais le pari que, pour des mots moins connus, on aurait, chez bien des élèves et sans doute la plupart des adultes aussi, des "choses" du type : "agriculteur, agriculteurrice", ou "agriculteur, agriculrice", vu que, quand on parle à voix haute, on a plutôt tendance à découper en unités de son, donc en syllabes, et pas à extraire le radical... quand on est capable de le retrouver spontanément.

Car, au final, bien sûr, le lecteur qui lit à voix haute, lui, est supposé dire "agriculteur, agricultrice"... et pas "agriculteur, point ice point s" !

Cette manière de "réfléchir", si l'on peut dire, de certains de nos universitaires hautement diplômés me laisse assez perplexe : sont-ils encore capables de penser "simple" et libérés de leur idéologie, qui les aveugle ?
Ils pourraient au moins se souvenir que c'est à partir d'une manière de penser comparable qu'on a abouti, déjà, en 30-40 ans, à produire une foule d'élèves ne parvenant pas à apprendre à lire : sous prétexte qu'un Philippe Meirieu ou qu'une Eveline Charmeux, spécialiste bac + un bon nombre d'années en sciences de l'éducation et de diplômes universitaires pour le premier, et agrégée de grammaire pour la seconde, ne ressentent pas qu'ils "déchiffrent" en lisant et considèrent qu'ils sont aptes à comprendre un mot sitôt que leurs yeux voient ce mot, ces deux nocifs et les abrutis qui les ont suivis sur cette voie ont infligé aux élèves de CP, depuis des décennies, de devoir apprendre à lire en "photographiant" les mots... et, ainsi, d'être autour de 40% à arriver en 6e et encore assez nombreux en 3e sans savoir lire... Après avoir, pour un grand nombre aussi, dû subir des suivis multiples pour "dyslexie" et autres "dys-" le plus souvent absentes à l'entrée à l'école, mais induites par ces "dys-pédagogies", comme l'écrit une célèbre orthophoniste.

On connaît le résultat, outre que, depuis, eh bien... les spécialistes du cerveau ont fini par démontrer que même le cerveau d'un universitaire chevronné "déchiffre" le mot, mais il le fait si vite que celui-ci n'en a pas conscience.
Forcer les élèves à apprendre à lire, donc, SANS passer par le déchiffrage est non seulement une ineptie, mais une torture mentale pour bon nombre d'entre eux, qui n'y parviennent pas, faute d'avoir, notamment, la mémoire visuelle qui convient pour y arriver.

Il faudrait de même, aujourd'hui, être déjà un lecteur très au fait de la construction des mots pour pouvoir comprendre que :
- à "député", on ne retire rien, mais on ajoute juste un "e",
- à "agriculteur", on retire 3 lettres (-eur) et on en ajoute 4 (-rice)
- à "lycéen", on ne retire rien, on ajoute juste "-ne", mais on change la prononciation de ce qui précède, alors qu'on n'y a pas touché ! (LycéUN-lycéAINE".)
Et sans doute cette diversité de démarches ne s'arrêterait-elle pas là, si l'on poussait l'analyse plus avant.

Soit une gymnastique mentale totalement hors de portée pour un élève moyen... et un grand nombre d'adultes, en particulier quand ils se trouveraient devant un mot qu'ils ne connaîtraient pas, les privant de recourir au "devinage" déjà très en vogue avec la méthode globale. Or au primaire, au collège comme au lycée, les mots "connus" constituent un stock des plus réduits et qui se réduit de plus en plus.
Sans parler des étrangers qui entreprendraient d'apprendre notre langue à partir de zéro !

En un mot : ces "grands esprits" assez fêlés marchent sur la tête... et prônent une écriture qui condamnerait bon nombre d'élèves au suivi psychiatrique... ou au décrochage, par instinct de survie.
Kevin du 92
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Re: Qui est partisan de l'écriture inclusive ?

Message non lu par Kevin du 92 » 06 déc. 2017, 17:47

De mon côté, je n'ai toujours pas compris quels étaient les arguments en faveur de l'écriture inclusive, le seul que j'aie entendu (ça favoriserait l'égalité entre les sexes) me paraissant spécieux sous tous rapports.
Ajoutons bien sûr les arguments défavorables (lisibilité, complexité, rupture avec l'héritage, etc.), et il me semble que mon avis est donné sur la question.
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