A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Section réservée aux débats sur la correction et les correcteurs : tarifs pour rédiger un article ? Peut-on vivre de la correction ? Quels médias recrutent des correcteurs ?
titicaro
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A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par titicaro » 12 avr. 2012, 13:43

Je vois qu'une distinction d'importance permettant de fixer un tarif en correction est s'il y a ou non "réécriture". Mais, à partir de quand parle-t-on de "réécriture" ?

Je suis en train de corriger un roman où je réécris de nombreuses phrases, soit parce qu'il y a une tournure maladroite ou parce que je ne comprends pas le sens, ou qu'il y a des anacoluthes... La personne m'a demandé de corriger essentiellement les fautes d'orthographe, mais en tant qu'aspirante au métier de correcteur (c'est comme ça que je dirai maintenant pour pas qu'on m'accuse de sous-traiter la correction), je ne peux pas laisser passer certaines phrases, c'est plus fort que moi.

Parle-t-on là de réécriture ?
Ou bien cela fait-il partie de ce qu'un correcteur doit faire de base ?
Cela vous arrive-t-il de ne corriger que les fautes d'orthographe en laissant passer des phrases affreuses ?
ann65
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par ann65 » 12 avr. 2012, 15:54

Bonjour Titicaro

Si j'étais à ta place, je ne me hasarderais pas à réécrire des passages entiers de cet ouvrage avant d'être bien sûre que c'est ce qu'attend de toi ton client. Si tu as un doute, tu dois le recontacter et en reparler avec lui.

Si cette personne veut que tu te contentes de corriger les fautes d'orthographe ou de syntaxe, elle ne voudra pas te payer pour un tout autre travail de réécriture qui ne t'a pas été commandé. Et elle pourrait même ne pas vouloir te payer du tout, en estimant que tu lui as fait perdre du temps...
Dernière modification par ann65 le 12 avr. 2012, 17:33, modifié 1 fois.
nesk
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par nesk » 12 avr. 2012, 16:07

D'accord avec ann65 : il faut toujours, avant d'entamer tout travail, discuter avec le client du degré d'intervention qu'il souhaite sur son texte. Lorsque tu as des clients réguliers, à force tu sais, hors exceptions, ce qu'ils attendent de toi ; mais lors d'une première collaboration, il faut toujours définir précisément ce que l'on attend de toi, et ce pour quoi, donc, tu seras payée.

Et si en cours de correction, tu t'aperçois de choses à corriger qui n'étaient pas au programme (comme une syntaxe malheureuse qui serait à reprendre), il faut tout de suite en parler avec le client, savoir ce qu'il veut par rapport à cela, et lui proposer un nouveau devis si besoin.

Tout cela évite bien des déconvenues de part et d'autre à la remise du texte.

Il ne faut pas hésiter à faire préciser ses attentes au client, et ne pas craindre de "l'embêter" avec les questions que l'on a (sans dépasser une certaine mesure, bien évidemment) : ce n'est que du bénéfice pour lui, qui aura la garantie d'un travail à la mesure de la rémunération engagée.
ann65
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par ann65 » 12 avr. 2012, 17:14

Je suis en train de corriger un roman où je réécris de nombreuses phrases, soit parce qu'il y a une tournure maladroite ou parce que je ne comprends pas le sens, ou qu'il y a des anacoluthes.
(...)
Mais, à partir de quand parle-t-on de "réécriture" ?
Si tu avais transformé la phrase : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée. », en « Si Cléopâtre avait eu un nez plus court, la face du monde en aurait été changée. », tu aurais réécrit cette phrase sous prétexte que l'anacoluthe te gênait ou te déplaisait.
Et je ne suis pas sûre que Pascal en aurait été ravi. :wink:

Voilà, pourquoi il est indispensable que tu te mettes bien d'accord avec ton commanditaire. Tu peux parfaitement lui dire : « J'ai relevé de nombreuses anacoluthes dans ce texte (et lui montrer quelques phrases qui te chiffonnent), est-ce voulu, ou bien souhaitez-vous que je réécrive certaines phrases pour alléger le style de cet ouvrage ? »

Mais si ton client t'a demande de « corriger essentiellement les fautes d'orthographe », je serais bien surprise qu'il souhaite te voir modifier le style de cet ouvrage.

PS - Tu emploies à mauvaise escient le verbe « sous-traiter ». Sous-traiter, ce n'est pas maltraiter, ni sous-estimer, ni déconsidérer.
coco47
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par coco47 » 13 avr. 2012, 02:24

Pas grand-chose à ajouter à ce qu'ont dit Ann et Nesk. Peut-être, pour montrer au client l'intérêt qu'il aurait à laisser le correcteur « peaufiner » son texte (les auteurs n'aiment pas le mot « réécriture »), peut-on lui donner un ou deux exemples de ce que l'on peut faire : son texte initial, puis le texte peaufiné. Quand le travail est bien fait, l'auteur, si ce n'est pas un imbécile, vous dit : « Vous avez raison, c'est exactement ce que je voulais dire. C'était la formulation que je cherchais. » Moi, quand on me dit ça (et ça arrive), je suis très fier. Ça veut dire que l'auteur ne s'est pas senti trahi, que je me suis coulé dans son écriture, dans le ton de son texte, dans son rythme, sa petite musique.
Le summum de la réussite, c'est lorsque celui qui a écrit ne se rend pas compte que son texte a été énormément retravaillé par le correcteur et croit que c'est lui qui en a écrit chaque mot. J'ai connu un rédacteur en chef, grand dragueur devant l'Eternel, qui me disait que ses conquêtes étaient en admiration devant son style. Moi, je savais qu'un mot sur trois et toute la syntaxe étaient de moi ! Un autre journaliste, qui écrivait des chroniques sportives quasiment illisibles dans leur état premier, m'a dit un jour fièrement qu'un éditeur voulait publier un recueil de ses billets. Je passais une demi-heure à remettre d'aplomb chacun de ses textes (de trois feuillets au maximum) !
ann65 a écrit :Si tu avais transformé la phrase : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée. », en « Si Cléopâtre avait eu un nez plus court, la face du monde en aurait été changée. », tu aurais réécrit cette phrase sous prétexte que l'anacoluthe te gênait ou te déplaisait.
Cette formulation est effectivement tout à fait correcte et sa forme, avec la reprise du sujet en incise, lui donne de la vivacité et de la couleur. Parfois, l'anacoluthe consiste en ce que, pour deux verbes, un seul sujet est exprimé, de sorte que l'on pense que c'est lui qui exécute les deux actions. J'ai ainsi lu la semaine dernière dans Le Parisien : « Arrêté à un stop, un véhicule percute violemment l'arrière de votre voiture. » D'abord on se gratte la tête : comment un véhicule arrêté peut-il en percuter un autre ? Et puis on comprend : c'est vous qui êtes arrêté (mais ce « vous » n'est pas exprimé) et c'est un autre qui vous rentre dedans. Très belle anacoluthe fautive !
Mon instituteur de CM1 nous donnait cet exemple, en forme de mot d'excuse d'une mère d'élève : Ayant été chez le gynécologue, mon fils a dû rester à la maison pour garder sa petite sœur. Une telle anacoluthe, comme celle de la collision à l'arrêt, est ridicule, fautive et doit être corrigée.
Mais rions un peu. J'adore cette scène de Boudu sauvé des eaux dans laquelle Michel Simon, clochard recueilli par un libraire, répond à un client qui lui demande Les Fleurs du mal : « Ici, c'est pas un fleuriste, c'est un libraire. » Et, tout fier, il dit à la bonniche qu'il courtise : « T'as vu comment que j'y ai répondu ? J'pourrais être libraire, si j'voudrais. » J'ai connu des correcteurs qui auraient été capables d'énoncer doctement qu'on ne dit pas « si j'voudrais » mais « si je voulais ». Et de joindre le geste à la parole d'une encre rouge rageuse et pleine d'assurance.
titicaro
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par titicaro » 13 avr. 2012, 19:11

ann65 a écrit :
Je suis en train de corriger un roman où je réécris de nombreuses phrases, soit parce qu'il y a une tournure maladroite ou parce que je ne comprends pas le sens, ou qu'il y a des anacoluthes.
(...)
Mais, à partir de quand parle-t-on de "réécriture" ?
Si tu avais transformé la phrase : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée. », en « Si Cléopâtre avait eu un nez plus court, la face du monde en aurait été changée. », tu aurais réécrit cette phrase sous prétexte que l'anacoluthe te gênait ou te déplaisait.
Et je ne suis pas sûre que Pascal en aurait été ravi. :wink:

Voilà, pourquoi il est indispensable que tu te mettes bien d'accord avec ton commanditaire. Tu peux parfaitement lui dire : « J'ai relevé de nombreuses anacoluthes dans ce texte (et lui montrer quelques phrases qui te chiffonnent), est-ce voulu, ou bien souhaitez-vous que je réécrive certaines phrases pour alléger le style de cet ouvrage ? »

Mais si ton client t'a demande de « corriger essentiellement les fautes d'orthographe », je serais bien surprise qu'il souhaite te voir modifier le style de cet ouvrage.

PS - Tu emploies à mauvaise escient le verbe « sous-traiter ». Sous-traiter, ce n'est pas maltraiter, ni sous-estimer, ni déconsidérer.

Oui, parce que si je me souviens bien, ce n'est pas moi mais l'un de vous qui a utilisé ce verbe... hum.
ann65
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par ann65 » 13 avr. 2012, 19:19

titicaro a écrit :
ann65 a écrit :
PS - Tu emploies à mauvaise escient le verbe « sous-traiter ». Sous-traiter, ce n'est pas maltraiter, ni sous-estimer, ni déconsidérer.
Oui, parce que si je me souviens bien, ce n'est pas moi mais l'un de vous qui a utilisé ce verbe... hum.
Non... Ta mémoire te fait défaut. Je n'ai pas utilisé ce verbe "sous-traiter" pour exprimer cette idée de déconsidération.
:wink:
titicaro
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Re: A partir de quand parle-t-on de réécriture ?

Message non lu par titicaro » 13 avr. 2012, 21:07

ann65 a écrit :
PS - Tu emploies à mauvaise escient le verbe « sous-traiter ». Sous-traiter, ce n'est pas maltraiter, ni sous-estimer, ni déconsidérer.
Oui, parce que si je me souviens bien, ce n'est pas moi mais l'un de vous qui a utilisé ce verbe... hum.[/quote]

Non... Ta mémoire te fait défaut. Je n'ai pas utilisé ce verbe "sous-traiter" pour exprimer cette idée de déconsidération.
:wink:[/quote]

Autant pour moi.
Evidemment que la sous-traitance n'a rien à voir là-dedans.

Au fait, bien sûr que si que je comprends ce que vous me dites et bien sûr que non que je me suis pas vexée (au départ si... en fait) Mais bon, je sais faire la part des choses et de toute façon, on est chacun derrière notre écran, donc on pourra pas se casser la gueule. (lol)

Sachez que vous êtes précieux à mes yeux, et que je ne souhaite pas trop vous froisser. (ça se voit là que je ravale ma fierté ?) lol

Allez, bises à tous les correcteurs expérimentés qui s'arrachent les cheveux.
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