Le correcteur et le doute

Section réservée aux débats sur la correction et les correcteurs : tarifs pour rédiger un article ? Peut-on vivre de la correction ? Quels médias recrutent des correcteurs ?
FlorentT
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 08 mars 2012, 12:04

ann65 a écrit :Pour "rebondir" sur la question initiale, soit on est sûr que la forme est incorrecte et dans ce cas, il est me semble logique de corriger ce qui doit l'être ; soit on n'en est pas sûr et dans ce cas, mieux vaut s'abstenir de tout "coup de truelle" intempestif, pour reprendre l'expression de Coco. Et le fait qu'un mot ou une expression semble "inélégante" ne me semble pas une raison suffisante pour la remplacer par un/e autre. Sauf à éprouver un plaisir pervers à se prendre la tête, s'engueuler avec le rédacteur et se voir accuser de faire subir des traitements outrageants aux mouches et autres insectes.
Amen ! Je pense que nous serons tous en accord avec ce résumé.
ann65 a écrit :Quant au sur-doute, il est probablement dû, parfois, à l'inexpérience... Mais si au bout de plusieurs années d'expérience le correcteur ou le SR continue à douter de tout et à devoir faire des recherches infinies dans ses différentes "bibles", perdant ainsi du temps et en en faisant perdre à l'équipe, c'est peut-être parce qu'il n'est pas fait pour ces métiers.
Reste à définir le « sur-doute », qui sera différent selon le type de correction et le correcteur ou la correctrice. Ça ne me dérange pas en corrigeant des romans chez moi sans contrainte de temps de vérifier souvent des choses que je n'aurais pas le temps de vérifier avec une équipe qui n'attend que moi et qui pousse derrière. Si je le fais, c'est aussi parce que ça me permet d'alimenter ma base de données personnelle de citations, qui me permettra d'être plus efficace sous la pression dans d'autres circonstances. On peut parler dans ce cas de construction de l'expérience, certes, mais par comparaison je fais le même genre de chose (vérification de termes, de techniques, inclusion dans une base de données personnelle) dans mon métier « normal » depuis plus de quinze ans - jamais au bureau, toujours à la maison. Je préfère donc parler de gestion du temps en fonction de la situation. Si le résultat est un stress permanent durable, alors oui, le correcteur ou la correctrice n'est peut-être pas fait pour ce métier.
ann65
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par ann65 » 08 mars 2012, 19:34

FlorentT a écrit : Reste à définir le « sur-doute », qui sera différent selon le type de correction et le correcteur ou la correctrice. Ça ne me dérange pas en corrigeant des romans chez moi sans contrainte de temps de vérifier souvent des choses que je n'aurais pas le temps de vérifier avec une équipe qui n'attend que moi et qui pousse derrière. Si je le fais, c'est aussi parce que ça me permet d'alimenter ma base de données personnelle de citations, qui me permettra d'être plus efficace sous la pression dans d'autres circonstances. On peut parler dans ce cas de construction de l'expérience, certes, mais par comparaison je fais le même genre de chose (vérification de termes, de techniques, inclusion dans une base de données personnelle) dans mon métier « normal » depuis plus de quinze ans - jamais au bureau, toujours à la maison. Je préfère donc parler de gestion du temps en fonction de la situation. Si le résultat est un stress permanent durable, alors oui, le correcteur ou la correctrice n'est peut-être pas fait pour ce métier.
[/quote]
Entendons-nous bien, je passe beaucoup de temps à douter, à me poser des
questions et à chercher des réponses. Je serais probablement une calamité si je devais faire subir mes doutes à toute une équipe.

Et j'ai croisé quelques calamités (correcteurs et SR) durant ma carrière en presse. Elles soulignaient des tournures qui ne leur "semblaient pas correctes", ou qui leur "posaient des problèmes" , suggérait des corrections sans pouvoir les justifier... Et au final, faisaient douter tout le monde !...
Et ces personnes, franchement, aurait dû réfléchir à une réorientation.
Catherine_75
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Catherine_75 » 09 mars 2012, 02:11

Il me semble, mais je peux me tromper, qu'un correcteur qui ne douterait jamais serait un mauvais correcteur, trop sûr de lui, et qui ne se remet jamais en question.

Il faut savoir douter à bon escient, bien sûr, pas pour des broutilles, pas à chaque phrase.
coco47
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par coco47 » 09 mars 2012, 06:09

Catherine le retour. Bonjour Catherine !
Cleme
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Cleme » 09 mars 2012, 09:28

Catherine_75 a écrit :Il me semble, mais je peux me tromper, qu'un correcteur qui ne douterait jamais serait un mauvais correcteur, trop sûr de lui, et qui ne se remet jamais en question.

Il faut savoir douter à bon escient, bien sûr, pas pour des broutilles, pas à chaque phrase.
Je n'aurais pas dit mieux. Le doute doit faire partie de notre façon de travailler et la meilleure démonstration en est les sujets de ce forum en ce moment : doit-on dire "au quotidien" ou "quotidiennement" ? Pourquoi certains pensent-ils que au "quotidien" n'est pas synonyme de "chaque jour" ? :P Doit-on ou non employer le verbe "impacter" ? Si même des correcteurs ultra-expérimentés ne sont pas d'accord, comment ne pas douter ? L'important est de savoir faire un choix et de pouvoir ensuite le justifier, l'assumer.

Pour ma part, cela fait quatre ans que je suis correctrice et continuer de douter me permet encore de découvrir que certaines orthographes, certaines expressions que je pensais correctes ne le sont pas, et inversement. Ce qui entretient le doute et c'est très bien !

Toutefois, l'expérience aidant, je m'angoisse beaucoup moins à propos de ça. J'ai toujours peur de ne pas rendre mes corrections dans les temps ou de laisser une horrible coquille, c'est vrai. Il me semble que c'est normal quand on prend son travail à cœur et qu'on veut bien le faire. Mais d'un autre côté, l'erreur est humaine et jusqu'à preuve du contraire, les correcteurs aussi sont des êtres humains !
ann65
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par ann65 » 09 mars 2012, 10:50

Catherine_75 a écrit :Il me semble, mais je peux me tromper, qu'un correcteur qui ne douterait jamais serait un mauvais correcteur, trop sûr de lui, et qui ne se remet jamais en question.

Il faut savoir douter à bon escient, bien sûr, pas pour des broutilles, pas à chaque phrase.
Parfaitement d'accord...
Un correcteur qui ne douterait "jamais" serait un tout aussi mauvais correcteur qu'un correcteur qui douterait en permanence.
Douter et logique est humain... C'est d'autant plus logique que la langue évolue. Ce qui n'était pas admis il y a vingt (cf "impacter") l'est parfois parfaitement aujourd'hui. Certaines vérifications sont justifiées et nécessaires.
En revanche, devoir consulter plusieurs dictionnaires parce que telle tournure "chiffonne", pour être "sûr" qu'il faut corriger et que telle correction est la bonne - ce que je qualifie de sur-doute - est une perte de temps.
Et savoir gérer son temps est aussi une preuve de professionnalisme
Climousse
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Climousse » 09 mars 2012, 11:21

Cleme a écrit :J'ai toujours peur de laisser une horrible coquille, c'est vrai. (...) Mais d'un autre côté, l'erreur est humaine et jusqu'à preuve du contraire, les correcteurs aussi sont des êtres humains !
Une petite contribution en tant que lectrice, si cela peut vous rassurer : je crois qu'une coquille horrible par-ci, par-là, ne me gêne pas. Parce que j'ai conscience des conditions dans lesquelles sont produits livres, journaux et publications et qu'effectivement, sur cet énorme volume, corriger 100 % des textes de façon parfaite semble impossible. En tout cas, je préfère une coquille à une faute d'accord si récurrente qu'on finit par comprendre que ni le rédacteur ni personne ne comprend la syntaxe de sa phrase, à l'empilement de mots-valises ou de barbarismes, aux mots ampoulés à la mode et dépourvus de sens... qui pourraient être reproduits tels quels par un rédacteur assommé par la phraséologie que lui servent ses interlocuteurs, mais qu'un correcteur se doit, à mon sens de lectrice (et selon le contexte évidemment) d'alléger et de rectifier. En tant que rédactrice, d'ailleurs, il m'arrive parfois de rester bloquée sur des termes utilisés si couramment dans le secteur professionnel sur lequel je travaille, que je ne sais plus comment les remplacer. Et je suis bien contente quand un SR me suggère un synonyme ou une périphrase.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par nesk » 09 mars 2012, 13:21

Je tiens à préciser juste une chose, qui n'était pas claire dans mon premier message : je surdoute dans la théorie (c'est un TOC, donc correctrice, caissière ou bouchère, je passe mon temps à douter de toute façon, quel que soit le métier, quelle que soit l'activité), mais heureusement pas dans la pratique ; j'ai suffisamment conscience de ce problème pour ne pas me laisser submerger par cela, et ne vérifier que ce qui m'est nécessaire.

Mais, par contre, j'ai effectivement toujours peur que l'on pointe du doigt une coquille que j'aurais pu laisser après remise du travail, bien que je sache que c'est humain, de faire des erreurs, de ne pas TOUT voir, de ne pas TOUT savoir.
Disons que je vais être satisfaite d'avoir fait "le meilleur travail possible" et d'avoir relevé le plus de fautes qu'il m'était possible de relever dans le texte concerné.

Mais c'est peut-être ça, le juste doute, le juste travail, ni parfait, ni imparfait ?...

Après, je pense qu'il faut savoir trancher rapidement, dans ce métier, entre deux hésitations, deux orthographes, deux temps possibles, si l'on veut respecter les délais qui nous ont été imposés. Il faut essayer de faire "le meilleur choix possible", et surtout être cohérent dans ses choix, et tout au long de sa correction, et ne pas faire d'incessants allers-retours dans le texte parce qu'on n'assume pas la responsabilité des choix que l'on fait.

Quand j'ai vraiment un doute, au fil de la correction, sur un choix que j'ai fait, je ne reviens dessus qu'à la fin, avec un rechercher-remplacer attentif, en ayant une connaissance complète de l'ouvrage puisque j'en ai terminé la lecture.

Ah, et autre question : faites-vous une deuxième relecture ?
Pour ma part, c'est totalement impossible : les budgets comme les délais ne me le permettent absolument pas. Et j'avoue que j'aurais du mal... cela peut bien sûr permettre de traquer une, deux, trois coquilles restantes, mais tout ce travail, tout ce temps pour trois fautes... Même si l'on voudrait rendre un texte parfait, ce n'est pas raisonnable, tant cela prendrait de temps pour si peu de résultats.
(Sauf si, bien sûr, ce sont deux relectures distinctes : une partie réécriture, et une partie correction.)

J'ai un ouvrage à rendre sur le feu pour cet après-midi, aussi veuillez excuser les quelques fautes d'inattention et de frappe ; pas le temps de me relire.
Cleme
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Cleme » 09 mars 2012, 20:42

Oui, je relis deux fois presque tous les manuscrits que je corrige, mais ce sont des relectures de "niveaux" différents. Une première assez globale, pour saisir le sens général du propos et m'assurer de la cohérence de l'ouvrage, vérifier les informations, corriger les erreurs qui me sautent aux yeux... Et une seconde pour fignoler, corriger les coquilles que j'ai manquées, affiner l'unification. En général, je ne relis pas l'ouvrage en entier une première fois, puis une deuxième fois, mais chapitre par chapitre, ou recette par recette quand c'est un livre de cuisine... Et quand c'est une prépa, je relis à la fois sur écran et sur papier, pas toujours dans le même ordre, c'est selon l'inspiration du moment.

C'est une méthode personnelle, peut-être pas la plus rapide mais elle ne me prend pas deux fois plus de temps que si je ne faisais qu'une seule relecture. En général, avec cette technique et en fonction du type d'ouvrages, de la qualité du texte, j'arrive à une moyenne de 5 000 à 8 000 signes par heure en prépa, ce qui me semble dans la norme.

La plupart du temps, je facture à l'heure de travail et ça semble convenir à mes clients.
coco47
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par coco47 » 10 mars 2012, 00:41

A Cleme & coll. (comme on dit dans les bibliographies médicales).
A ma grande honte, je ne sais pas ce que recouvre aujourd'hui l'expression « préparation de copie ». Jadis, préparer une copie, c'était fournir au typographe les indications nécessaires à la composition d'un texte : police, corps, graisse, interlignage, justification, texte centré, justifié, au fer à gauche ou à droite… Ce travail était dévolu au chef correcteur ou, dans la presse, au chef typo (le « prote » en termes anciens).
Aujourd'hui, ce que vous appelez « la prépa » est sans doute autre chose. Mais quoi ?
Catherine_75
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Catherine_75 » 10 mars 2012, 00:59

C'est toujours la même chose ! Sauf que, aujourd'hui, la préparation de copie se fait principalement sur écran, et que toutes ces indications sont précisées la plupart du temps grâce aux feuilles de style.
Par ailleurs, comme il faut travailler plus pour gagner moins, le préparateur n'est pas exempté de corriger, d'unifier, de vérifier les informations.
coco47 a écrit :A Cleme & coll. (comme on dit dans les bibliographies médicales).
A ma grande honte, je ne sais pas ce que recouvre aujourd'hui l'expression « préparation de copie ». Jadis, préparer une copie, c'était fournir au typographe les indications nécessaires à la composition d'un texte : police, corps, graisse, interlignage, justification, texte centré, justifié, au fer à gauche ou à droite… Ce travail était dévolu au chef correcteur ou, dans la presse, au chef typo (le « prote » en termes anciens).
Aujourd'hui, ce que vous appelez « la prépa » est sans doute autre chose. Mais quoi ?
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