Le correcteur et le doute

Section réservée aux débats sur la correction et les correcteurs : tarifs pour rédiger un article ? Peut-on vivre de la correction ? Quels médias recrutent des correcteurs ?
nesk
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Le correcteur et le doute

Message non lu par nesk » 02 mars 2012, 09:11

Bon, alors pour sortir un peu des débats "conditionnel/subjonctif", "qui/qu'il", des participes passés (ou passé ? je me suis toujours posé la question) et autres joyeusetés orthotypo-grammatico-syntaxiques :lol: , j'avais une question un peu plus personnelle à vous poser à toutes et tous.

À savoir quels étaient vos rapports avec la correction ? Pour être plus claire, j'adore mon métier, mais je suis une stressée devant l'éternel, et je redoute très souvent de laisser des fautes honteuses derrière moi. Je doute parfois sur des choses élémentaires, que je connais, pourtant.

Doutez-vous également, devant le texte à corriger ? Quand vous n'avez pas la réponse, mais que vous devez trancher entre deux possibilités, pour lesquelles nos bibles ne nous donnent aucune explication ? Avez-vous déjà laissé passer des coquilles dont vous vous souvenez encore ? Le redoutez-vous à chaque correction ?

Je trouve ça intéressant (et rassurant !) de savoir un peu comment chacun, chacune appréhende son travail, de manière totalement subjective, histoire aussi d'échanger au-delà de l'informel "faut-il accorder le participe passé avec avoir ?" :wink:

Merci pour vos réponses :)
FlorentT
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 02 mars 2012, 12:25

Vaste interrogation ! Je pense qu'il est essentiel de douter, même si quelquefois cela ralentit la relecture. Pas plus tard que ce matin, en lisant « les seules chèques », j'ai quand même vérifié qu'une forme vieillie, ou régionale, ou je ne sais quoi, n'existait pas pour ce substantif masculin. Drôle d'idée, non ? Dans ce cas précis, le doute était peu profond, alors je n'ai consulté que le portail lexical du CNRTL en ligne. J'y aurais ajouté plusieurs ouvrages de référence sur papier et éventuellement une recherche Google Books si mon esprit avait ressenti une plus grande confusion.

Je précise que pour moi, la correction est un plaisir qui n'est pas mon « métier », dans le sens où je n'en tire pas ma source principale de revenus. Je suis d'abord bénévole pour un site de livres électroniques (c'est comme ça que j'ai attrapé le virus), et je fais payer mes prestations lorsqu'elles sont utilisées commercialement. Dès lors, mon volume de corrections étant restreint, il ne m'est pas encore arrivé de me rendre compte que j'avais laissé passer d'horribles coquilles, ni de me le faire reprocher. Mais ça ne m'empêche pas d'hésiter longtemps avant de transmettre un fichier final et d'appréhender un courriel incendiaire d'un auteur !

Il me semble cependant que le doute excessif s’accommoderait mal d'un travail de correcteur à temps plein dans un quotidien avec ses impératifs de bouclage. Dans mon cas, je me permets de douter d'autant plus facilement que je n'ai en général aucune contrainte de temps sérieuse. Comment donc trouver le juste milieu, le « doute raisonnable » ? Nul doute que des personnes plus expérimentées dans le domaine de la presse sauront nous en dire plus.
nesk
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par nesk » 02 mars 2012, 14:35

FlorentT a écrit : Il me semble cependant que le doute excessif s’accommoderait mal d'un travail de correcteur à temps plein dans un quotidien avec ses impératifs de bouclage.
Eh bien figure-toi que si ! Enfin, non, sur le principe, je suis d'accord avec toi : le "surdoute" n'est une bonne chose en rien, et surtout pas dans ce métier.

Mais j'y suis énormément sujette (je souffre d'un TOC de vérification, ce qui est un comble, dans ce métier :lol: ) et je parviens à ne pas me laisser envahir par cet excès de doute... sauf que, bien qu'adorant mon travail, je passe le plus clair de mon temps extrêmement stressée.

Voilà pourquoi je me demandais ce qu'il en était pour vous autres, si vous aviez relativement confiance en vous, si certains étaient souvent en proie au doute, ou à la peur de ne pas terminer dans les temps, ou d'avoir fait le mauvais choix en corrigeant, etc.
Ile

Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par Ile » 02 mars 2012, 16:49

nesk a écrit :
Mais j'y suis énormément sujette (je souffre d'un TOC de vérification, ce qui est un comble, dans ce métier :lol: ) et je parviens à ne pas me laisser envahir par cet excès de doute... sauf que, bien qu'adorant mon travail, je passe le plus clair de mon temps extrêmement stressée.
Mon cas n'est donc pas isolé, ouf ! :D Et moi, je ne fais que débuter, je vois ce qui risque de m'attendre encore, mais c'est un si beau métier ! :)
ann65
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par ann65 » 02 mars 2012, 18:50

nesk a écrit :
FlorentT a écrit : Il me semble cependant que le doute excessif s’accommoderait mal d'un travail de correcteur à temps plein dans un quotidien avec ses impératifs de bouclage.
Eh bien figure-toi que si ! Enfin, non, sur le principe, je suis d'accord avec toi : le "surdoute" n'est une bonne chose en rien, et surtout pas dans ce métier.

Mais j'y suis énormément sujette (je souffre d'un TOC de vérification, ce qui est un comble, dans ce métier :lol: ) et je parviens à ne pas me laisser envahir par cet excès de doute... sauf que, bien qu'adorant mon travail, je passe le plus clair de mon temps extrêmement stressée.

Voilà pourquoi je me demandais ce qu'il en était pour vous autres, si vous aviez relativement confiance en vous, si certains étaient souvent en proie au doute, ou à la peur de ne pas terminer dans les temps, ou d'avoir fait le mauvais choix en corrigeant, etc.
Les troubles obsessionnels compulsifs relèvent d'une prise en charge psy, non ?

Plus sérieusement… J'ai croisé pas mal de correcteurs ou de SR, durant ma carrière en presse. Et j'ai effectivement noté que certains d’entre eux avaient la main lourde (ou leste comme vous préférez). Ceux-là avaient la méchante tendance à chercher la petite bête (ce que tu appelles « surdouter » peut-être), comme s'ils existaient à travers les marques de correction qu'ils laissaient sur les copies confiées à leurs bons soins.

Et cela est fort désagréable...
Pour le rédacteur évidemment, qui se voit remettre une copie pleine de marques rouges lui rappelant les dictées de l'instituteur Lebrun. En constatant que le correcteur ou le SR a cru bon remplacer un « chaque jour » par un « quotidiennement », il voit rouge. Il exige des explications, n'est pas nécessairement convaincu par celles qui lui dont données et le ton monte !
C'est désagréable pour toute l’équipe aussi. Parce que cela fait perdre du temps dans la mesure où l'ensemble des corrections proposées ne sont pas justifiées. Que d’allers-retours inutiles et sources d'erreurs, alors qu'on n'a qu'une seule envie c'est de de boucler ce foutu numéro et de RENTRER CHEZ SOI.

Et du coup, tout le monde est à cran.
Et voilà comment le correcteur ou le SR un peu « trop zélé » n’est plus pris au sérieux et se retrouve gentiment qualifié d’« enculeur de mouches » (je ne trouve pas d’expression plus élégante).

Pour éviter cet écueil, je crois que plutôt que se jeter voracement sur la copie en se pourléchant les babines et en se disant : « voyons ce que ce débile a écrit et les horreurs qu’il a laissées », mieux vaut partir du principe que celui qui a écrit l’article n'est pas un imbécile décérébré ayant séché tous les cours de français depuis le CE2, mais un type normalement constitué, ni plus ni moins que celui qui va le "corriger" en somme.

En adoptant cette posture mentale, je crois qu'on évite de perdre un temps fou à « surdouter ». On gagne du temps et on se fait des copains plutôt que des ennemis. Et on évite le stress inutile aussi.

Je crois qu'on (sur)doute trop des autres quand on (sur)doute de soi. Mais ça se soigne ! :)
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 02 mars 2012, 20:16

ann65 a écrit :Pour éviter cet écueil, je crois que plutôt que se jeter voracement sur la copie en se pourléchant les babines et en se disant : « voyons ce que ce débile a écrit et les horreurs qu’il a laissées », mieux vaut partir du principe que celui qui a écrit l’article n'est pas un imbécile décérébré ayant séché tous les cours de français depuis le CE2, mais un type normalement constitué, ni plus ni moins que celui qui va le "corriger" en somme.
Oui, c'est un argument déjà utilisé par Coco47 dans un fil récent. Il me semble y voir (encore une fois de ma situation probablement différente de la plupart des intervenants sur ce forum) une différence entre la correction dans la presse et celle dans l'édition. C'est parce que j'apprécie les qualités littéraires de l'auteur que je doute peut-être trop, en voulant rendre son texte aussi soigné que possible. Après tout, c'est elle ou lui qui a écrit ce qui va être publié, pas moi - pourquoi serait-ce différent pour un journaliste ? Mais le stress du bouclage doit aussi contribuer à cet antagonisme, comme vous le rappelez.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par coco47 » 03 mars 2012, 05:32

FlorentT a écrit :Pas plus tard que ce matin, en lisant « les seules chèques », j'ai quand même vérifié qu'une forme vieillie, ou régionale, ou je ne sais quoi, n'existait pas pour ce substantif masculin. Drôle d'idée, non ? Dans ce cas précis, le doute était peu profond, alors je n'ai consulté que le portail lexical du CNRTL en ligne. J'y aurais ajouté plusieurs ouvrages de référence sur papier et éventuellement une recherche Google Books si mon esprit avait ressenti une plus grande confusion.
N'oubliez pas que vous serez la plupart du temps payé au feuillet ou au mille de signes. Dix minutes pour vérifier les seules chèques, ça vous fera pas bézef sur la facture !
Plus sérieusement, il faut savoir adapter sa façon de corriger (et donc ses interrogations) au type d'écrit auquel on a affaire. Pour suspecter une possible forme vieillie ou régionale, il eût fallu que votre travail portât sur un texte ancien, ou un roman du terroir. Mais s'agissant d'un quotidien actuel ou d'un texte de site Internet, la question ne se posait pas. Dans ma carrière, j'ai corrigé l'Encyclopædia Universalis, un paquet de Folio, des menus de très grands restaurants, le Quotidien du Médecin, la Vie du Rail, France-Soir et tous les quotidiens parisiens y compris le Journal officiel. Le niveau de doute et de vérification n'était pas le même.
A celles qui disent avoir le TOC de la vérification, j'aurais tendance à dire qu'elles n'ont pas choisi le bon métier. Vous imaginez le chauffeur de taxi qui passerait son temps à vérifier qu'il y a assez d'huile dans le moteur, que les pneus sont bien gonflés, la batterie bien chargée. Et en conduisant il regarderait sans arrêt dans les rétros, aurait toujours peur que le feu passe au rouge, serait toujours aux aguets : l'accident assuré !
Quand je travaillais à France-Soir, nous avions toujours au moins un « rouleur », venu effectuer un remplacement. On reconnaissait les débutants peu sûrs d'eux à ce qu'ils arrivaient les bras chargés de dictionnaires derrière lesquels ils s'abritaient comme derrière un muret et qu'ils consultaient sans cesse. Nous, nous avions en tout et pour tout, dans la dotation maison, le PLI, le Petit Robert, le Robert des noms propres, le Thomas, le Dournon, et basta. Et pas d'Internet, évidemment.
Aussi, qu'on doute (raisonnablement) les deux premières années, je comprends. Mais ensuite il faut arriver à ne douter que sur ce qui le mérite. Les seules chèques, pas de doute. Ornithorynque ou dithyrambe, on vérifie. Sans oublier les quelques mots, parfois très simples et différents selon les individus, dont on ne saura jamais comment ils s'écrivent, même après les avoir vérifié mille fois dans le dictionnaire. Pour moi, il y a, entre autres, Kazakhstan (tiens, je ne vais même pas le vérifier ce soir, je suis sûr que j'm'ai encore gouré !).
Enfin, Ann : d'accord avec vous, comme souvent. Mais vous avez vraiment rencontré des correcteurs qui remplaçaient chaque jour par quotidiennement ? Et leur chef ne leur disait rien ? Ou alors il n'y avait pas de chef correcteur ? Chez nous, ça aurait gueulé : On n'est pas là pour enculer les mouches, et le meilleur journal, c'est celui qui est à l'heure dans les kiosques !
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 03 mars 2012, 08:08

coco47 a écrit :Plus sérieusement, il faut savoir adapter sa façon de corriger (et donc ses interrogations) au type d'écrit auquel on a affaire. Pour suspecter une possible forme vieillie ou régionale, il eût fallu que votre travail portât sur un texte ancien, ou un roman du terroir.
Ou un roman policier dont l'auteur s'essaye (avec plus ou moins de réussite) au style de Frédéric Dard, avec un mélange de mots d'argot et de mots savants (perlouse, blaze, hématémèse...) qui souvent ne sont pas dans mon vocabulaire.
coco47 a écrit :[...] Le niveau de doute et de vérification n'était pas le même. [...] Et pas d'Internet, évidemment.
Dans mon exemple, qui évidemment n'est pas la norme mais que j'avais cité pour « rassurer » Nesk en quelque sorte, la vérification ne prend que quelques secondes avec l'Internet. Oui, le niveau de doute est différent selon ce que l'on corrige, mais je pense sincèrement que l'arrivée de l'Internet aide à se permettre des hésitations qui auraient été une perte de temps avant.
coco47 a écrit :Aussi, qu'on doute (raisonnablement) les deux premières années, je comprends.
Il reste que je ne peux qu'être d'accord avec vous sur le doute raisonnable au début, qui doit nécessairement s'estomper au-delà d'un certain nombre d'années d'expérience. On ne peut pas être constamment stressé dans son métier...
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par ann65 » 03 mars 2012, 10:21

Oui, j'ai rencontré des SR ou des correcteurs "chevronnés" qui remplaçaient "chaque jour" par " au quotidien" ou "quotidiennement". Sans doute parce que je n'ai travaillé que dans des équipes relativement petites dans lesquelles nous avions, un premier SR, un SR et correcteur dans le meilleur des cas. Ou parfois juste un ou deux SR qui faisaient donc office de correcteurs...
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par nesk » 03 mars 2012, 11:08

coco47 a écrit : A celles qui disent avoir le TOC de la vérification, j'aurais tendance à dire qu'elles n'ont pas choisi le bon métier. Vous imaginez le chauffeur de taxi qui passerait son temps à vérifier qu'il y a assez d'huile dans le moteur, que les pneus sont bien gonflés, la batterie bien chargée. Et en conduisant il regarderait sans arrêt dans les rétros, aurait toujours peur que le feu passe au rouge, serait toujours aux aguets : l'accident assuré !
Pas nécessairement, non. Votre chauffeur de taxi peut très bien redouter ne pas avoir assez d'huile, craindre de prendre le mauvais itinéraire, de trop faire patienter le client – ou d'avoir un accident. Et être tout de même ni plus ni moins compétent qu'un autre parce qu'il saura rester attentif et concentré dans son travail.

Je surdoute, c'est vrai, et entre nous je m'en passerais bien ; mais d'une, j'aime ce métier ; de deux, j'ai la chance de parvenir à ne pas me laisser envahir par ce doute excessif, et à ne pas survérifier quand ce n'est pas nécessaire. C'est juste désagréable, parfois, concernant l'excès de stress que cela entraîne. Je me demandais si d'autres connaissaient ces appréhensions.

Pour répondre à ann65, un éditeur m'a parlé de cela, d'un correcteur trop zélé qui ne supportait pas de laisser une seule page sans la moindre mention de correction. Pour ma part, je corrige quand il y a des fautes, point, et je signale quand je pense qu'il y a une faute, partant du principe que je n'ai pas la science infuse, que l'auteur sait sûrement mieux que moi ce qu'il a écrit, et que donc je puisse avoir tort (je ne parle pas de fautes d'orthographe ou de conjugaison, bien sûr). S'il n'y a pas de faute, je ne change rien.
Aussi, je ne mets "quotidiennement" que si je trouve deux "chaque jour" dans la même ligne ; et encore, la répétition fait aussi partie du style, et j'en tiens compte.

Cela dit, cela ne fait que trois ans que je fais ce métier, je suis donc encore relativement novice ; j'imagine qu'à force, on prend de plus en plus confiance en soi.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par CathyBerberian » 03 mars 2012, 14:15

Je me reconnais en partie dans les propos de nesk.
Cependant quand elle parle de "surdouter" je ne pensais pas au correcteur qui "surcorrige". Il ne me viendrait pas à l'idée de remplacer "chaque jour" par "quotidiennement" (sauf en cas de répétition visiblement involontaire).
Par contre, il m'arrive de faire des recherches sur des questions orthotypographiques sans trouver de réponse satisfaisante. Dans ce cas, je demande à la secrétaire d'édition de trancher. Surtout depuis que l'une d'elles m'a reproché des corrections orthothypo que j'avais faites en suivant les règles du Lexique.
J'ai aussi souvent des doutes sur les corrections en matière de syntaxe. Je corrige essentiellement des ouvrages pratiques dont les auteurs ne sont pas toujours de bons rédacteurs. Mais quand je n'interviens que sur la relecture, je m'aperçois bien souvent que le correcteur qui a fait la prépa n'a pas touché aux lourdeurs et maladresses que j'aurais corrigées.
Autre exemple de doutes : j'ai eu à corriger un ouvrage écrit par une rédactrice Web en vogue. Il se composait d'articles plus ou moins longs, et plus ou moins bien écrits (allant du très bon au médiocre), et surtout l'auteur y mélangeait les niveaux de langage, utilisant des termes rares voire inusités, aux côtés de termes familiers et d'expressions "fashion". Je me suis contentée de faire des propositions de remplacement, mais là aussi sans trouver à chaque fois une solution satisfaisante.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par coco47 » 04 mars 2012, 04:37

ann65 a écrit :Oui, j'ai rencontré des SR ou des correcteurs "chevronnés" qui remplaçaient "chaque jour" par " au quotidien" ou "quotidiennement".
« Au quotidien » ! Quelle horreur ! Pour moi, cette expression est à proscrire, pas française*. Je vous plains, de devoir subir des choses pareilles. Pendant dix ans, en plus de mon travail de correcteur, j'ai collaboré à un magazine sportif, pour lequel je réalisais des reportages et des dossiers techniques. Chance insigne : c'est moi qui corrigeais mes papiers. Je crois que si un correcteur à la fine truelle m'avait infligé un au quotidien, ça se serait mal passé.
* Le TLFi cite deux exemple de au quotidien. L'un dans la bouche d'une personne interviewée par le Nouvel Observateur, l'autre dans un article de l'Est républicain. Autant dire rien de probant.
nesk a écrit :et encore, la répétition fait aussi partie du style, et j'en tiens compte.
Tout à fait vrai. Imaginons un correcteur zélé corrigeant rageusement les poètes :
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses…
ou
La mer, la mer, toujours recommencée…
Certains en seraient bien capables.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par ann65 » 05 mars 2012, 17:38

coco47 a écrit :« Au quotidien » ! Quelle horreur ! Pour moi, cette expression est à proscrire, pas française*. .
Eh bien, justement, puisque vous en parlez. :wink:

Puisque vous avez "horreur" de cette expression et puisque vous estimez qu'elle est "à proscrire"... Si vous trouviez la phrase suivante dans un texte : "Cet enfant devait subir, au quotidien, les pires brimades", la corrigeriez-vous ainsi : "Chaque jour, cet enfant subissait les pires brimades." ?

Ou encore, proposeriez-vous de modifier "La gestion, au quotidien, d'une copropriété se révèle le pire des casse-tête" comme suit "La gestion quotidienne d'une copropriété se révèle le pire des casse-tête" ?
Dernière modification par ann65 le 05 mars 2012, 18:14, modifié 3 fois.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 05 mars 2012, 17:53

CathyBerberian a écrit :Surtout depuis que l'une d'elles m'a reproché des corrections orthothypo que j'avais faites en suivant les règles du Lexique.
Au risque de paraître d'une trop grande curiosité, oserais-je vous demander un exemple ? Car c'est effectivement très intéressant.
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Re: Le correcteur et le doute

Message non lu par FlorentT » 05 mars 2012, 18:59

coco47 a écrit :Le TLFi cite deux exemple de au quotidien. L'un dans la bouche d'une personne interviewée par le Nouvel Observateur, l'autre dans un article de l'Est républicain. Autant dire rien de probant.
C'est amusant, car effectivement il est difficile de trouver cette expression dans les ouvrages de référence à part le TLFi. Une recherche sur Google Books montre beaucoup de titres récents comme « Le petit enfant au quotidien », « La biodiversité au quotidien », « L'écologie au quotidien »... Si on restreint la recherche au XIXe siècle, l'expression semble disparaître totalement. Il ne reste que ces deux mots accolés mais comme fragment de phrase uniquement. Il y a encore peu de temps, il y avait une émission de la RTBF nommée « Au quotidien ». Une construction récente semble-t-il donc. En cherchant du côté de l'anglais, qui maintenant influence les constructions à la mode du français, on a « on a daily basis », qui est aussi une mode.

Je ne suis pas un expert mais je n'aurais pas forcément corrigé les phrases que Ann mentionne plus haut - même si j'aurais probablement écrit « quotidiennement ». Pour reprendre le titre de ce fil... un doute m'assaille maintenant après vous avoir lu !
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