Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Section réservée aux débats sur la correction et les correcteurs : tarifs pour rédiger un article ? Peut-on vivre de la correction ? Quels médias recrutent des correcteurs ?
azucena
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par azucena » 24 févr. 2011, 15:02

Catherine_75 a écrit :
azucena a écrit :Bonjour,
Azucena, et tous les autres, en acceptant d'adopter ce statut, vous entrez dans le jeu de tous ces éditeurs que vous critiquez, vous leur donnez les verges pour vous faire battre !

Bonjour,

Pardon Catherine, mais en ce qui me concerne vous êtes dans l'erreur, je ne suis plus une "gamine qui débute"... J'étais bel et bien salariée depuis trente-deux ans quand je me suis fait licencier parce qu'il n'y a avait plus de travail (je ne sais pas comment est la situation à Paris et dans les grandes villes mais il en est ainsi en province).

Je travaillais depuis près de vingt ans au sein d'un studio prépresse qui ne composait presque plus rien, donc n'avait plus rien à relire, il recevait toutes ses "compos" de diverses "agences de communication"... Du coup, j'ai été licenciée en même temps que deux compositeurs...
Et oui, il n'y a pas que des "grandes boîtes" en France... Il y a aussi des petites entreprises qui ont bien du mal à tirer leur épingle du jeu et qui, un jour ou l'autre, se séparent de leurs salariés...

J'ai cinquante-trois ans et, à mon "grand âge", le Pôle emploi de "Saint-Trifouilly-les-Oies" n'avait rien à proposer à une vieille (si, si...) correctrice...

Je suis "coincée" ici, je ne peux pas bouger, à cause de sérieuses raisons familiales (fille handicapée travaillant en ESAT, mari malade et retraité depuis peu, d'où encore une baisse de revenus).
Alors... que faire ? Des ménages ? S'occuper de personnes âgées ? Il n'y a pas de sot métier mais, à force de rester les fesses sur une chaise derrière un ordinateur ou dans ma voiture, je suis quasiment ankylosée des quatre membres, j'ai du diabète, de l'asthme, les "coiffes des rotateurs" des deux épaules fichus, j'ai des douleurs partout, mes jambes et mes bras ne suivent plus. Seule la tête fonctionne encore ! Quant aux yeux... Ben... sur un écran d'ordinateur, ils battent un peu de l'aile, si j'ose m'exprimer ainsi (l'image est curieuse).

Et dire qu'ILS m'ont même repoussé l'âge de la retraite... Ah ! Les c...s !

Quand j'étais salariée j'ai contacté à plusieurs reprises votre syndicat, vous pensez bien. Nous avons corrrespondu. J'étais par ailleurs syndiquée à la FILPAC (CGT imprimerie). Mais quand on travaille dans une petite structure cela ne sert à rien, sauf à connaître une fois par an la grille intersyndicale de salaires appliquée ailleurs que dans "votre boîte"...

Deux ans avant mon licenciement, j'étais tombée au SMIC et j'étais obligée de faire quarante kilomètres matin et soir avec mon véhicule (parce que dans les patelins de province il n'y a ni métro ni bus).
J'allais au travail et je passais des journées entières à attendre le "boulot" qui n'arrivait pas... puis je rentrais chez moi. Génial !
C'est idiot, je sais, mais j'ai presque respiré quand j'ai été licenciée...

Nous ne demandons qu'à être salariés. Personnellement je n'ai pas choisi d'être autoentrepreneur (c'est ainsi que "le Petit Robert" écrit ce mot... bon, je ne le voyais pas comme cela...).

Il n'y a pas, hélas, que des jeunes qui débutent et sont forcés, pour espérer manger, passer par la case autoentrepreneur... On peut toujours espérer mieux pour eux s'ils acceptent de se battre ainsi que vous avez mille fois raison de le leur conseiller.

Il y a aussi, hélas, les "vieux correcteurs typographes chevronnés" de plus de cinquante "balais" qu'on envoie au chômage et à qui, faute de pouvoir les aider à trouver un emploi dans leur branche, on impose de faire n'importe quoi...

Mais, comme toujours, les "seniors" on en parle, on en parle, mais on ne les voit pas ! On ne veut pas les voir !
Curieusement, il me vient à l'esprit que si l'on avait dit à mon père (maître typographe de son état) la cinquantaine venue, qu'il était un "senior", donc un "hors circuit", il aurait au mieux éclaté de rire au nez de son interlocuteur, au pire il lui aurait collé une baffe.

Personnellement, j'aime mon métier. Je vis, je respire, je suis mon métier. Ma vie s'est bâtie sur et autour de lui. Il a modelé mon caractère (sans jeu de mots), il m'a procuré des joies et des peines, des maladies aussi.
J'ai donné ma vie à mon métier, au sens propre puisque j'ai respiré les mêmes vapeurs de "plomb" que les linotypistes (mes compagnons de jeunesse). J'ai soulevé et encré les "galées" de lignes de plomb pour confectionner moi-même les épreuves que je relisais...
Puis j'ai connu la photocompo et l'arrivée des "clavistes" qui ne connaissaient rien à la typo, je les ai même formés, etc.
Mon métier m'a construite et me voilà détruite de lui avoir tout donné.
Nous vivions somme toute, lui et moi, notre histoire de vieux couple presque serein quand la "crise" (elle a bon dos) est arrivée...

Socrate (si je ne me trompe pas) disait :
"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."
Je dis, pour conclure :
Tout ce que je sais, c'est que je NE SAIS ET NE SUIS PLUS rien.

Bon, je ne me relis pas parce que je n'y vois plus, mes yeux s'embrument.
Catherine_75
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par Catherine_75 » 24 févr. 2011, 15:41

ann65 a écrit :
Catherine_75 a écrit : Azucena, et tous les autres, en acceptant d'adopter ce statut, vous entrez dans le jeu de tous ces éditeurs que vous critiquez, vous leur donnez les verges pour vous faire battre !
Bonjour Catherine

Je ne suis pas d'accord avec votre conclusion. Faire le choix de devenir travailleur indépendant (et donc se faire payer sur facture), et même en AE, n'implique pas nécessairement de se faire exploiter par des margoulins, ni de donner des verges pour se faire battre.


Que l'on soit salarié ou TNS, il faut SURTOUT être conscient de sa valeur et du prix de son travail, ne pas déroger à la règle que l'on s'est fixée (un tarif minimal horaire en l'occurrence) et ne pas accepter de brader son savoir-faire. Et cela n'a rien à voir avec le choix d'adopter ou non le statut d'AE.

Adopter ce statut (pas pour les journalistes, pour qui c'est illégal) permet de lancer son activité libérale sans trop de complications et en payant moins de cotisations.
Il est donc une erreur que de considérer qu'un AE peut se permettre de facturer moins qu'un TNS classique. Il doit appliquer les mêmes tarifs que s'il avait les 40% de charges d'un TNS, afin de se constituer une trésorerie dont il aura besoin quand il basculera dans le régime classique des TNS.
S'il ne fait pas ça, il se condamne à être un "gagne-petit", à se faire exploiter... et il casse un marché qui n'est déjà pas vaillant.
Je ne conçois le statut d'auto-entrepreneur — et c'est d'ailleurs ainsi qu'il a été présenté à sa création — que pour avoir une petite activité complémentaire à un emploi de salarié, ce qui fait que l'auto-entrepreneur est couvert par la sécurité sociale, cotise à la retraite, aux Assedic, etc., par son statut principal de salarié. Ou pour les retraités qui ne s'en sortent pas avec leur maigre retraite. J'ajouterai, c'est hors sujet mais tant pis, qu'il me semble que c'est une façon d'« offrir » (!) aux salariés et aux retraités un moyen d'augmenter leurs revenus... tout en acceptant le montant dérisoire de leur salaire ou de leur retraite. Travailler plus pour gagner plus, comme dit « l'autre »...

C'est, à mon avis, une grave erreur et un piège à c... de croire que l'auto-entrepreneuriat est la solution miracle pour une activité principale, surtout pour les correcteurs qui n'ont aucune raison d'être travailleurs indépendants.
Qu'est-ce qu'un travailleur indépendant ? C'est un fournisseur, qui fournit — comme son nom l'indique — une prestation, un service à un client, en fixant lui-même le prix de la prestation qu'il vend. Il ne peut en aucun cas avoir un rapport de subordination vis-à-vis de son client. Dans le domaine qui nous intéresse, il peut vendre une maquette, un site web, voire une traduction (et encore...).
Qu'est-ce qu'un correcteur ? C'est quelqu'un qui corrige un texte sous le contrôle d'un éditeur, d'un organe de presse, d'un auteur. Il y a un rapport évident de subordination.
Qu'est-ce qu'un correcteur auto-entrepreneur ? C'est, pour le plus grand bonheur des entreprises, un salarié déguisé à qui on impose la plupart du temps un tarif, que l'on dirige, dont on peut se séparer du jour au lendemain sans aucune explication.
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par ann65 » 24 févr. 2011, 16:34

Catherine_75 a écrit :
C'est, à mon avis, une grave erreur et un piège à c... de croire que l'auto-entrepreneuriat est la solution miracle pour une activité principale, surtout pour les correcteurs qui n'ont aucune raison d'être travailleurs indépendants.
Qu'est-ce qu'un travailleur indépendant ? C'est un fournisseur, qui fournit — comme son nom l'indique — une prestation, un service à un client, en fixant lui-même le prix de la prestation qu'il vend. Il ne peut en aucun cas avoir un rapport de subordination vis-à-vis de son client. Dans le domaine qui nous intéresse, il peut vendre une maquette, un site web, voire une traduction (et encore...).
Qu'est-ce qu'un correcteur ? C'est quelqu'un qui corrige un texte sous le contrôle d'un éditeur, d'un organe de presse, d'un auteur. Il y a un rapport évident de subordination.
Qu'est-ce qu'un correcteur auto-entrepreneur ? C'est, pour le plus grand bonheur des entreprises, un salarié déguisé à qui on impose la plupart du temps un tarif, que l'on dirige, dont on peut se séparer du jour au lendemain sans aucune explication.
Quand tu vends une prestation intellectuelle (ou pas) quelle qu'elle soit, tu es, d'une certaine manière, "sous le contrôle" de celui qui te paie pour cela.
Si ton client n'est pas satisfait du travail, il faut le refaire, jusqu'à ce que le résultat corresponde à la commande.

En tant que fournisseur, c'est à toi de fixer ton tarif et de le négocier avec ton client. C'est le jeu.

Là où je te rejoins, c'est sur l'extrême naïveté de trop nombreux candidats à l'auto-entreprise. Naïveté favorisée par la campagne de propagande honteuse en faveur de ce statut, payée avec les deniers publics.

Bien s'informer sur les tenants et les aboutissants de ce statut et ses "vices cachés" est indispensable pour éviter de tomber dans le piège à con que tu évoques.
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par fanelia » 24 févr. 2011, 17:20

Je vous trouve un peu durs avec le statut d'auto-entrepreneur ! Tout le monde ne peut pas trouver un poste de salarié (c'est même sacrément difficile quand on débute ou qu'on commence à être âgé!), et si on veut exercer l'activité qu'on aime, être indépendant est parfois la seule solution !
En ce qui me concerne, je suis auto-entrepreneur en tant que rédactrice, et occasionnellement correctrice. Je n'ai aucune honte à le dire, même si cela semble être une énorme tare sur ce forum.
Je ne prétends pas dire que c'est le statut idéal, j'aurais adoré être salariée quand je suis sortie des études, mais je n'ai rien trouvé à part des stages (ce qui va un temps...).
Etre auto-entrepreneur ne signifie pas tuer la profession, il s'agit juste d'une évolution comme une autre ! Je ne m'amuse pas à pratiquer des tarifs ultra bas en ce qui me concerne, et j'apprécie pleinement cette possibilité de garder une certaine indépendance (choisir mes clients et mes objets de travail par exemple)!
Pourquoi ce statut vous gène t'il tellement ? Il y a certes des auto-entrepreneurs qui s'amusent à brader leurs services, mais je connais aussi des salariés qui acceptent également de se brader... C'est se moquer du monde et se voiler la face que de croire que les auto-entrepreneurs sont responsables de ce qui se passe dans notre domaine, le mal est plus profond et bien plus ancien que ce statut...
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par ann65 » 24 févr. 2011, 17:29

fanelia a écrit :Je vous trouve un peu durs avec le statut d'auto-entrepreneur ! Tout le monde ne peut pas trouver un poste de salarié (c'est même sacrément difficile quand on débute ou qu'on commence à être âgé!), et si on veut exercer l'activité qu'on aime, être indépendant est parfois la seule solution !
En ce qui me concerne, je suis auto-entrepreneur en tant que rédactrice, et occasionnellement correctrice. Je n'ai aucune honte à le dire, même si cela semble être une énorme tare sur ce forum.
Je ne prétends pas dire que c'est le statut idéal, j'aurais adoré être salariée quand je suis sortie des études, mais je n'ai rien trouvé à part des stages (ce qui va un temps...).
Etre auto-entrepreneur ne signifie pas tuer la profession, il s'agit juste d'une évolution comme une autre ! Je ne m'amuse pas à pratiquer des tarifs ultra bas en ce qui me concerne, et j'apprécie pleinement cette possibilité de garder une certaine indépendance (choisir mes clients et mes objets de travail par exemple)!
Pourquoi ce statut vous gène t'il tellement ? Il y a certes des auto-entrepreneurs qui s'amusent à brader leurs services, mais je connais aussi des salariés qui acceptent également de se brader... C'est se moquer du monde et se voiler la face que de croire que les auto-entrepreneurs sont responsables de ce qui se passe dans notre domaine, le mal est plus profond et bien plus ancien que ce statut...
Je ne sais pas à qui tu parles. :wink:
Je suis moi même TNS (et pas AE car ce statut n'existait pas quand je suis devenue indépendante).
Je ne me suis jamais bradée et je n'ai jamais accepté de brader mon savoir-faire en tant que salariée.

Il faut vivre avec son temps. Je ne suis pas favorable à la disparition du salariat... mais pour certains métiers, il n'est plus indispensable.

Je suis donc d'accord avec toi. Mais je répète, il faut faire attention et ne pas signer les yeux fermés.

Il faut savoir que le statut d'AE c'est une protection sociale proche de 0, une retraite encore plus ridicule que celle des salarié et des TNS "classiques"... Donc il faut ajouter aux charges obligatoires les sommes versées pour abonder un plan de retraite et une assurance en cas de maladie ou d'invalidité. Et aussi les frais de mutuelle santé.
L'un dans l'autre... les charges sont largement supérieures aux 23% annoncées. Et il faut donc les répercuter sur les factures. :wink:
Dernière modification par ann65 le 25 févr. 2011, 12:11, modifié 1 fois.
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Message non lu par fanelia » 24 févr. 2011, 17:38

En ce qui me concerne, je suis à mi-temps (un travail des plus tranquille qui me permet de travailler pour moi même en étant là-bas, le pied quoi ^^). Pour la sécu et la retraite, je profite donc de mon mi-temps.
En ce qui concerne la couverture retraite du statut auto-entrepreneur, il est certes faible et demande qu'on paye une complémentaire à côté, mais n'est ce pas aujourd'hui aussi le cas pour un salarié à plein temps ??? Les retraites seront encore baissé un jour ou l'autre, et rien n'est moins sur que cela le jour où nous arriverons au statut de retraité ^^!
Pour la couverture médicale, elle n'est pas si mauvaise que ça, malgré ce qu'on lit sur ce forum. J'en ai bénéficié avant de trouver mon mi-temps, et elle n'est pas monstrueuse lol !
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Message non lu par ann65 » 24 févr. 2011, 17:43

fanelia a écrit :En ce qui me concerne, je suis à mi-temps (un travail des plus tranquille qui me permet de travailler pour moi même en étant là-bas, le pied quoi ^^). Pour la sécu et la retraite, je profite donc de mon mi-temps.
En ce qui concerne la couverture retraite du statut auto-entrepreneur, il est certes faible et demande qu'on paye une complémentaire à côté, mais n'est ce pas aujourd'hui aussi le cas pour un salarié à plein temps ??? Les retraites seront encore baissé un jour ou l'autre, et rien n'est moins sur que cela le jour où nous arriverons au statut de retraité ^^!
Pour la couverture médicale, elle n'est pas si mauvaise que ça, malgré ce qu'on lit sur ce forum. J'en ai bénéficié avant de trouver mon mi-temps, et elle n'est pas monstrueuse lol !
Le remboursement des frais de santé du RSI est le même que celui de la CPAM.
C'est en cas d'arrêt maladie que ça se corse. L'indemnité journalière n'est servie qu'au bout de 15 jours (3 jours en cas d'hospitalisation ou d'accident). Et évidemment son montant est à la hauteur des cotisations. Comme pour la retraite. Mais c'est assez logique, on ne peut pas cotiser PEU et percevoir une pension importante... Il faut juste le savoir et faire ses calculs en conséquence....
fanelia
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par fanelia » 24 févr. 2011, 17:47

Tout à fait d'accord, c'est pour cela que je pense que le statut d'auto-entrepreneur est très bien si c'est adapté à une personne en particulier. Après, à chacun de voir ce qui l'arrange ^^
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par azucena » 24 févr. 2011, 22:44

Chère Catherine,

Il me semblait avoir répondu...
Je n'ai pas "choisi" d'être auto-entrepreneur et je pense que, toutes professions confondues, nombreux sont les demandeurs d'emploi quinquagénaires qui, en France, ont été forcés de se tourner vers ce sous-prolétariat, faute d'espérer pouvoir trouver un travail...
Il eût été grandement souhaitable que des syndicats tels que le vôtre s'en préoccupassent. Mais non, ils préfèrent à présent crier haro sur les victimes... mais pas sur les coupables !
Je trouve étrange que, après vous avoir exposé ma situation, vous ne me répondiez pas... Aurais-je disparu ? C'est vrai, je suis "senior", je peux bien disparaître... Au fond, je comprends, cela gêne de voir ce qui se profile à l'horizon pour ceux d'entre nous qui ne sont pas confortablement assis... qu'ils soient jeunes ou vieux.
Mais ce qui vous gêne encore plus c'est de savoir pertinemment que vous n'avez pas la solution aux problèmes des autres. C'est bien connu, qui veut noyer son chien...
Proclamer qu'il faudrait que nous fussions salariés et syndiqués, c'est facile, nous ne demandons que cela ! Traduire ces paroles en réalité tangible, c'est une autre chose.

Les réalités "de terrain" vous et nous dépassent.

Vous travaillez dans une grande ville, vous êtes salariée, vous êtes syndiquée, vous êtes probablement assez bien rémunérée.

En 2011 vous êtes hélas une exception à ce qui est devenu la règle !

Votre situation, qui peut-être ne vous apporte pas entière satisfaction, et je le conçois, est devenue en quelques décennies une situation enviable qui est loin cependant d'être celle de tout le monde !

Regardez autour de vous comment vivent les autres, tous ceux qui, quel que soit leur âge, n'ont pas les mêmes droits que vous.
Et ils sont légion !

Ouvrons les yeux. Les prétendues crises successives n'ont fait que creuser le fossé entre les travailleurs salariés, même les plus pauvres, les élevant du même coup au rang de "privilégiés", et les autres, tous les laissés-pour-compte de notre société qui, quant à eux, considèrent à présent les premiers comme des nouveaux "nantis".

Et cela fait l'affaire du patronat qui a le choix entre des "salariés au trouillomètre à zéro", de plus en plus serviables, voire asservis, malléables, taxables... et des auto-entrepreneurs qui constituent un sous-prolétariat au rabais... taxable lui aussi.

Ce pseudo-choix de statut m'a été imposé par les circonstances après trente-deux ans de travail salarié durant lesquels j'ai vraiment été exploitée sans que personne d'autre que moi ne se soit élevé contre des situations catastrophiques (la mienne et celle des "clavistes").

On peut critiquer le statut de l'auto-entrepreneur, critiquer ceux qui, n'ayant aucune formation, s'intitulent "correcteurs" (là, je vous rejoins volontiers), critiquer "M. travailler plus pour gagner plus" (je précise au passage que je ne suis absolument pas de son bord, mes convictions politiques sont profondément ancrées ailleurs...), il n'empêche que les syndicats ne font rien pour nous, sinon se poser en donneurs de conseils et de leçons une fois que nous nous sommes cassé la figure. Et des leçons pour qui ? Pour ceux d'entre nous qui travaillent dans de petites structures, loin, bien loin de la presse parisienne et de l'édition avec un grand É...

En tant que correctrice salariée j'ai été flouée, grugée, humiliée, sous-payée, sans que qui que ce soit, syndicat et inspecteurs du travail compris, ait jugé bon de bouger le petit doigt malgré de multiples appels au secours...

Faute d'avoir assez de travail à me fournir, mon employeur m'avait fait dégringoler quasiment au SMIC et se permettait même de me demander, pour ce tarif, de remplacer le chef du studio prépresse pendant ses absences !
Pendant deux ou trois ans, j'ai continué chaque jour à aller "bosser" sans goût, sans plaisir, parce que je me savais mise au placard, rejetée, considérée inutile. Pire encore, ma présence dans l'entreprise "mangeait" un salaire et on me regardait de travers ! J'arrivais, je m'asseyais, j'attendais le boulot qui n'arrivait pas, qui n'arrivait plus ! Je passais des heures à attendre un maigre feuillet à corriger...

Mon employeur a été au-dessous de tout. Avec moi, avec d'autres aussi, car je n'étais pas seule dans la charrette... Dûment avertie, l'Inspection du travail l'a laissé tranquille parce que son "imprimerie" était le seul gros employeur du canton. "Il a grandement dépassé l'âge de la retraite ; il lui serait facile de mettre la clé sous la porte", nous a-t-on rétorqué quand nous nous sommes plaints...

La France ne se limite pas à Paris. En province, nous mangeons et nous payons nos factures et nos impôts aussi... Quand nous avons la "chance" (toute relative) d'avoir un boulot salarié, que nous soyons jeunes ou vieux, de droite ou de gauche, syndiqués ou pas... nous la fermons parce que nous savons pertinemment que personne, non vraiment personne, ne se mouillera pour nous soutenir si ça tourne au vinaigre pour nous !

À 53 ans, aimant mon métier et n'ayant pas du tout envie d'en changer, j'ai opté pour LA solution qui n'en est pas une : auto-entrepreneur. Et cela parce que j'étais au chômage et que le Pôle emploi m'aurait, "senior" ou pas "senior", cassé les pieds pour que je fasse n'importe quelle formation/reconversion bidon.
... Et alors, qui m'aurait proposé autre chose ? Le Syndicat ?
Combien sommes-nous dans ce cas ?

Par ailleurs, qui dit que les auto-entrepreneurs bradent leurs services ? Personnellement, je pratique un tarif similaire, voire supérieur, à celui conseillé par le Syndicat des correcteurs et m'élève contre tous ceux qui bradent leurs services, tirent les prix, travaillent très vite et très mal et finiront un jour ou l'autre par fermer boutique...

Vous qui avez la chance de vivre une situation "normale", ne nous accablez donc pas ! Si vous saviez ce que nous donnerions pour travailler à des heures normales, pour un revenu et une protection sociale normaux !
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par coco47 » 25 févr. 2011, 02:47

ann65 a écrit : Il est donc une erreur que de considérer […].
Quelle curieuse formule, Ann. Pourquoi pas simplement : C'est une erreur … ?
Plus sérieusement, je ne vois pas ce que l'on pourrait trouver à redire aux interventions d'Azucena. On ne peut que saluer son courage. Et, à la lire, je me dis que j'ai bien de la chance d'être retraité à 2 200 euros par mois.
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par Catherine_75 » 25 févr. 2011, 05:29

azucena a écrit : Je n'ai pas "choisi" d'être auto-entrepreneur et je pense que, toutes professions confondues, nombreux sont les demandeurs d'emploi quinquagénaires qui, en France, ont été forcés de se tourner vers ce sous-prolétariat, faute d'espérer pouvoir trouver un travail...
Il eût été grandement souhaitable que des syndicats tels que le vôtre s'en préoccupassent. Mais non, ils préfèrent à présent crier haro sur les victimes... mais pas sur les coupables !
Azucena, avez-vous lu ce que j'ai écrit au sujet du Syndicat des correcteurs ? Il s'attaque aux employeurs indélicats, les emmenant entre autres devant les prud'hommes quand cela s'avère nécessaire. Ne le critiquez pas sans le connaître. C'est un tout petit syndicat, avec peu de moyens, qui fait ce qu'il peut, sans se tromper de cible. Il n'a jamais crié haro contre les correcteurs dans votre situation — qui m'a d'ailleurs beaucoup émue. Il essaie seulement, on essaie tous, de mettre en garde les correcteurs auto-entrepreneurs contre les dangers de ce statut. Je crains d'ailleurs des douches glacées pour ces AE quand ils devront commencer à payer la taxe professionnelle. Tout nouveau, tout beau, on ne mesure pas forcément les conséquences à moyen et long terme.
Être syndiqué, c'est une force, on se sent épaulé dans des moments difficiles, et le syndicat me redonne souvent du courage dans les périodes de découragement professionnel.
azucena a écrit :Je trouve étrange que, après vous avoir exposé ma situation, vous ne me répondiez pas... Aurais-je disparu ? C'est vrai, je suis "senior", je peux bien disparaître... Au fond, je comprends, cela gêne de voir ce qui se profile à l'horizon pour ceux d'entre nous qui ne sont pas confortablement assis... qu'ils soient jeunes ou vieux.
Désolée de ne vous avoir pas répondu dans l'immédiat... Je ne suis pas toujours plantée derrière mon ordinateur et, quand j'y suis, je ne vais pas forcément consulter le forum. Moi aussi je suis une senior et, puisque vous me forcer à me confier quelque peu, je suis très loin d'être aussi « confortablement assise » que vous l'imaginez. Je ne suis pas en CDI, ni même en CDD. Je fais des missions, des piges, pour une semaine, deux semaines, un mois ou deux dans le meilleur des cas (rarement), parfois pour deux ou trois jours, mais toujours en salaire. J'ai raté bien souvent des offres en raison de mon incapacité à facturer, mais j'ai la tête dure, je ne céderai pas. À 54 ans, je vis seule avec mon fils de presque 15 ans, très petitement, ne sachant jamais comment je vais terminer le mois, vivant dans l'angoisse du lendemain quand je termine un travail et que je n'ai rien d'autre en perspective. Je dois alors prendre mon téléphone, envoyer des mails... Je n'ai absolument pas l'âme d'une commerciale, et ces incessantes et nécessaires périodes de prospection me rongent d'angoisse.
azucena a écrit :Mais ce qui vous gêne encore plus c'est de savoir pertinemment que vous n'avez pas la solution aux problèmes des autres. C'est bien connu, qui veut noyer son chien...
Effectivement... Je n'ai pas LA solution, ni aux problèmes des autres, ni aux miens... En tout cas pas la solution immédiate. J'ai bien mon idée sur la façon de créer une société plus juste, mais nous ne sommes pas là pour parler politique.
azucena a écrit :Proclamer qu'il faudrait que nous fussions salariés et syndiqués, c'est facile, nous ne demandons que cela ! Traduire ces paroles en réalité tangible, c'est une autre chose.
Les réalités "de terrain" vous et nous dépassent.
Je dis seulement (voir plus haut) qu'être syndiqué est une force. Vous parliez de la nécessité de créer une corporation représentative de la profession, je vous ai indiqué celle qui a l'immense avantage d'exister, et d'agir.
Les réalités de terrain, je ne les connais que trop bien... Pas seulement dans ma profession. Je fais en effet du bénévolat pour aider certaines personnes qui sont dans une situation autrement plus grave que la mienne.
azucena a écrit :Vous travaillez dans une grande ville, vous êtes salariée, vous êtes syndiquée, vous êtes probablement assez bien rémunérée.
En 2011 vous êtes hélas une exception à ce qui est devenu la règle !

Votre situation, qui peut-être ne vous apporte pas entière satisfaction, et je le conçois, est devenue en quelques décennies une situation enviable qui est loin cependant d'être celle de tout le monde !
Oui, je le reconnais, j'ai la chance de travailler dans une grande ville, et l'immense chance d'avoir réussi à obtenir un appartement HLM, au cœur de Paris, qui plus est. Ce qui d'ailleurs tend à prouver que je n'ai que des petits revenus... Je serais seule, je m'en ficherais, je me débrouillerais toujours. Mais j'ai un fils adolescent intelligent, qui a de bons résultats scolaires, qui a l'ambition de faire un jour un métier qu'il aimera et qui le fera vivre mieux que je ne peux le faire vivre. Je me dois de l'aider et de le pousser. Mais il sait pertinemment qu'il devra travailler en parallèle de ses études.

Eh non, je ne suis pas « salariée », je me fais payer en salaire, nuance importante.
Eh non, ma situation n'est pas enviable, en tout cas pas financièrement. Elle est enviable dans le sens où j'ai choisi ce métier sur le tard, que j'ai lâché un travail salarié en CDI dans lequel je mourais d'ennui, mais où j'étais payée correctement. J'ai fait cela en connaissance de cause, je savais que j'y perdrais beaucoup financièrement. Mais je ne regrette rien.

Il existe aussi des correcteurs TAD, en CDI, dont la situation n'est guère plus enviable : payés à peine plus que le smic, la plupart n'osant rien réclamer de peur d'être licenciés. C'est ce qui est arrivé à des correctrices salariées d'Harlequin qui ont eu le toupet de demander un 13e mois, au même titre que les autres salariés de la société ! Ces correctrices sont passées aux prud'hommes tout récemment, épaulées par le syndicat, et nous attendons tous avec impatience et angoisse le jugement qui sera rendu.
azucena a écrit :Regardez autour de vous comment vivent les autres, tous ceux qui, quel que soit leur âge, n'ont pas les mêmes droits que vous.
Et ils sont légion !

Ouvrons les yeux. Les prétendues crises successives n'ont fait que creuser le fossé entre les travailleurs salariés, même les plus pauvres, les élevant du même coup au rang de "privilégiés", et les autres, tous les laissés-pour-compte de notre société qui, quant à eux, considèrent à présent les premiers comme des nouveaux "nantis".

Et cela fait l'affaire du patronat qui a le choix entre des "salariés au trouillomètre à zéro", de plus en plus serviables, voire asservis, malléables, taxables... et des auto-entrepreneurs qui constituent un sous-prolétariat au rabais... taxable lui aussi.

Ce pseudo-choix de statut m'a été imposé par les circonstances après trente-deux ans de travail salarié durant lesquels j'ai vraiment été exploitée sans que personne d'autre que moi ne se soit élevé contre des situations catastrophiques (la mienne et celle des "clavistes").
Vous prêchez une convaincue, Azucena !
azucena a écrit :On peut critiquer le statut de l'auto-entrepreneur, critiquer ceux qui, n'ayant aucune formation, s'intitulent "correcteurs" (là, je vous rejoins volontiers), critiquer "M. travailler plus pour gagner plus" (je précise au passage que je ne suis absolument pas de son bord, mes convictions politiques sont profondément ancrées ailleurs...), il n'empêche que les syndicats ne font rien pour nous, sinon se poser en donneurs de conseils et de leçons une fois que nous nous sommes cassé la figure. Et des leçons pour qui ? Pour ceux d'entre nous qui travaillent dans de petites structures, loin, bien loin de la presse parisienne et de l'édition avec un grand É...
Je ne peux pas vous laisser dire que les syndicats ne font rien. Vous souhaitez quoi ? Les salariés seuls face aux patrons ? Remontez un peu le temps... Pour nous, les seniors, ce n'est pas si loin que cela, nos parents l'ont vécu : le Front populaire. La semaine de 40 heures, les premiers congés payés, la retraite des mineurs, les allocations chômage, établissement des conventions collectives, et j'en passe (avancées sociales que nos gouvernants actuels cherchent à grignoter petit à petit, soit dit en passant...). Et le Front populaire, s'il a pu exister, c'est grâce au militantisme, à l'unité des masses. Et les syndicats, c'est cela : l'unité. Je ne peux personnellement juger que le syndicat auquel j'appartiens, très actif et très proche de ses adhérents. Bien sûr, il ne peut pas TOUT faire, mais épauler, conseiller, donner la force. Et parfois proposer du travail : certains employeurs en recherche de correcteurs s'adressent au syndicat.
azucena a écrit :En tant que correctrice salariée j'ai été flouée, grugée, humiliée, sous-payée, sans que qui que ce soit, syndicat et inspecteurs du travail compris, ait jugé bon de bouger le petit doigt malgré de multiples appels au secours...

Faute d'avoir assez de travail à me fournir, mon employeur m'avait fait dégringoler quasiment au SMIC et se permettait même de me demander, pour ce tarif, de remplacer le chef du studio prépresse pendant ses absences !
Pendant deux ou trois ans, j'ai continué chaque jour à aller "bosser" sans goût, sans plaisir, parce que je me savais mise au placard, rejetée, considérée inutile. Pire encore, ma présence dans l'entreprise "mangeait" un salaire et on me regardait de travers ! J'arrivais, je m'asseyais, j'attendais le boulot qui n'arrivait pas, qui n'arrivait plus ! Je passais des heures à attendre un maigre feuillet à corriger...

Mon employeur a été au-dessous de tout. Avec moi, avec d'autres aussi, car je n'étais pas seule dans la charrette... Dûment avertie, l'Inspection du travail l'a laissé tranquille parce que son "imprimerie" était le seul gros employeur du canton. "Il a grandement dépassé l'âge de la retraite ; il lui serait facile de mettre la clé sous la porte", nous a-t-on rétorqué quand nous nous sommes plaints...

La France ne se limite pas à Paris. En province, nous mangeons et nous payons nos factures et nos impôts aussi... Quand nous avons la "chance" (toute relative) d'avoir un boulot salarié, que nous soyons jeunes ou vieux, de droite ou de gauche, syndiqués ou pas... nous la fermons parce que nous savons pertinemment que personne, non vraiment personne, ne se mouillera pour nous soutenir si ça tourne au vinaigre pour nous !
Je comprends parfaitement votre amertume et votre colère. Mais... ne pourriez-vous pas utiliser cette colère pour en faire quelque chose de positif, pour vous battre ?
azucena a écrit :À 53 ans, aimant mon métier et n'ayant pas du tout envie d'en changer, j'ai opté pour LA solution qui n'en est pas une : auto-entrepreneur. Et cela parce que j'étais au chômage et que le Pôle emploi m'aurait, "senior" ou pas "senior", cassé les pieds pour que je fasse n'importe quelle formation/reconversion bidon.
... Et alors, qui m'aurait proposé autre chose ? Le Syndicat ?
Combien sommes-nous dans ce cas ?
Eh oui, Azucena, le Syndicat des correcteurs aurait pu vous aider, vous orienter, vous donner des conseils.
azucena a écrit :Par ailleurs, qui dit que les auto-entrepreneurs bradent leurs services ? Personnellement, je pratique un tarif similaire, voire supérieur, à celui conseillé par le Syndicat des correcteurs et m'élève contre tous ceux qui bradent leurs services, tirent les prix, travaillent très vite et très mal et finiront un jour ou l'autre par fermer boutique...
Je n'ai jamais dit ni pensé que les auto-entrepreneurs bradaient leurs services. Certains, oui, mais j'ose espérer que c'est une minorité. Je pense seulement que nombre d'AE ne prennent pas en compte tous les paramètres pour établir leurs prix. Vous dites pratiquer un tarif similaire à celui prôné par le Syndicat des correcteurs... Mais vous oubliez que ce tarif est conseillé pour les salariés, qui bénéficient d'avantages que vous n'avez malheureusement pas, comme les congés payés, une couverture sociale correcte, des cotisations Assedic et, surtout, vous êtes dans une grande précarité en comparaison avec les salariés. En fonction de tout cela, les AE devraient, je pense, doubler le tarif conseillé par le Syndicat pour pallier en partie cette précarité !
azucena a écrit :Vous qui avez la chance de vivre une situation "normale", ne nous accablez donc pas ! Si vous saviez ce que nous donnerions pour travailler à des heures normales, pour un revenu et une protection sociale normaux !
Rares sont les correcteurs qui vivent une situation « normale », même les salariés. Quant à travailler à des heures « normales »... n'en parlons même pas. Par exemple : depuis quelques mois, je travaille les vendredis et samedis soir, de 16 h 30 à 22 h 30 environ, souvent davantage, pour un journal diffusé sur Internet. Je n'ai accepté ce travail, pas très intéressant et payé une misère, que parce que j'ai besoin d'argent. Quand j'aurai un roulement plus régulier dans mes missions et mes piges, si cela arrive un jour, je laisserai tomber ce boulot. Toujours est-il que je n'ai plus un seul week-end à passer avec mon fils (il se débrouille tout seul pour ses repas ces jours-là), à voir des amis, à me délasser un peu, tout simplement.

Autre exemple : une agence de communication qui m'appelle le vendredi pour me demander si je peux faire un travail à rendre... le lundi, bien sûr ! Et, évidemment, pour le même salaire que si je travaillais en semaine.

Ne croyez donc pas que parce qu'on a des horaires normaux et une vie normale parce qu'on se fait payer en salaire.
Je ne veux pas me présenter en martyr, d'autres sont bien plus à plaindre que moi, dont vous. Mais il était nécessaire que je vous réponde, car vous vous faites des idées erronées sur la « vie normale » du correcteur parisien salarié.

Je vous fais des excuses, à vous et à tous les habitués de ce forum, de m'être ainsi laissée aller à parler de moi. Ce n'est pas dans mes habitudes, je préfère m'en tenir aux strictes questions de typo ou de grammaire.
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par ann65 » 25 févr. 2011, 10:00

coco47 a écrit :
ann65 a écrit : Il est donc une erreur que de considérer […].
Quelle curieuse formule, Ann. Pourquoi pas simplement : C'est une erreur … .
J'emploie très souvent cette formule. Elle est incorrecte selon vous ? :?
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par ann65 » 25 févr. 2011, 10:25

Catherine_75 a écrit : Je crains d'ailleurs des douches glacées pour ces AE quand ils devront commencer à payer la taxe professionnelle.
La taxe professionnelle n'existe plus. Elle a été remplacée par la toute nouvelle Contribution économique territoriale. Et certains AE qui n'avaient pas perçu un seul euro ont reçu la douloureuse en décembre. Mais il semblerait que les erreurs aient été réparées.

Quoi qu'il en soit, je suis d'accord avec vous sur un point : ce statut censé simplifier les démarches du "créateur d'entreprise" n'est pas si bien ficelé que cela. Et il faut faire très attention avant de s'y engager.

Et finalement, le statut de TNS classique que j'ai adopté n'est pas vraiment plus compliqué... ni onéreux, puisque je déduis de mon chiffre d'affaires l'intégralité de mes charges, y compris mes contrats d'assurances divers et variés...
Tout nouveau, tout beau, on ne mesure pas forcément les conséquences à moyen et long terme.
Donc il faut se renseigner et ne pas signer les yeux fermés en se disant "on verra bien". Mais finalement, ni plus ni moins que lorsque l'on signe un contrat quel qu'il soit...
Être syndiqué, c'est une force, on se sent épaulé dans des moments difficiles, et le syndicat me redonne souvent du courage dans les périodes de découragement professionnel.
Je crois malheureusement que tout le monde ne s'est pas "senti soutenu" dans les pires moments. Quand tu es isolé(e) dans une petite PME de province, "le syndicat" ne peut pas grand-chose, sinon rien, pour toi...

Mais vous me direz que le syndicat n'est que ce qu'en font les syndiqués. Et vous aurez aussi raison.
J'ai raté bien souvent des offres en raison de mon incapacité à facturer, mais j'ai la tête dure, je ne céderai pas. À 54 ans, je vis seule avec mon fils de presque 15 ans, très petitement, ne sachant jamais comment je vais terminer le mois, vivant dans l'angoisse du lendemain quand je termine un travail et que je n'ai rien d'autre en perspective. Je dois alors prendre mon téléphone, envoyer des mails... Je n'ai absolument pas l'âme d'une commerciale, et ces incessantes et nécessaires périodes de prospection me rongent d'angoisse.
Catherine, vous avez malgré tout peut-être ENCORE suffisamment de piges ou CDD pour (éventuellement) toucher des allocations Assedics quand vous vous retrouvez totalement privée d'emploi.

Mais si un jour ces piges salariées s'arrêtent, que ferez-vous au bout de quelques mois sans aucun revenu ni revenu de substitution ? Sûrement comme "tout le monde"... :roll: Adopter un statut qui vous permettra de rester dans le mouvement.

Pour autant, vous ne serez pas obligée de brader votre savoir-faire.
Le "bradage" :oops: du savoir faire n'a rien à voir avec le statut. C'est un état d'esprit que l'on a ou que l'on n'a pas...
Et je n'ai pas l'impression qu'Azucena soit prête à brader son savoir-faire. Bien au contraire ! Voilà pourquoi j'ai trouvé un peu "duraille" votre conclusion et votre charge anti-AE, sur laquelle j'ai réagi.

Et entre nous soit dit, salarié ou TNS, il faut "faire du commercial", se "vendre", pour trouver du boulot. Aucun boulot ne nous tombe tout cuit dans le bec. Ca fait donc partie du job.
Je dis seulement (voir plus haut) qu'être syndiqué est une force. Vous parliez de la nécessité de créer une corporation représentative de la profession, je vous ai indiqué celle qui a l'immense avantage d'exister, et d'agir.
Mais puisque ce syndicat (dont je ne critique pas l'action) "refuse" de considérer que les correcteurs puissent être des travailleurs non salariés, Azucena a donc raison d'appeler de ses voeux la création d'une "corporation représentative" des correcteurs salariés ET TNS. C'est très logique.
Et plus les syndicats et autres corporations représentatives seront nombreux pour défendre les droits "gens qui travaillent", mieux ces derniers seront défendus !
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par Catherine_75 » 25 févr. 2011, 13:31

ann65 a écrit : La taxe professionnelle n'existe plus. Elle a été remplacée par la toute nouvelle Contribution économique territoriale. Et certains AE qui n'avaient pas perçu un seul euro ont reçu la douloureuse en décembre. Mais il semblerait que les erreurs aient été réparées.
Ah oui, c'est vrai... On change les appellations pour rendre la « chose » plus valorisante : c'est tout de même plus classe de contribuer à l'économie territoriale que d'être taxé.
C'est comme les instits qui sont devenus des « professeurs des écoles », les gens de ménage, des « techniciens de surface », etc.
Oui, je sais que des AE ont eu l'heureuse surprise d'être « invités à contribuer à l'économie territoriale ». Tant mieux si c'est réparé. L'erreur a peut-être permis à certains de réaliser qu'ils devront de toute façon bientôt « contribuer ».
N.B. : il n'y a pas plus de raison de mettre une cap à « contribution économique territoriale » qu'à « taxe professionnelle ».
ann65 a écrit :Catherine, vous avez malgré tout peut-être ENCORE suffisamment de piges ou CDD pour (éventuellement) toucher des allocations Assedic (pas de pluriel) quand vous vous retrouvez privée d'emploi.
Oui, effectivement. Un des avantages du salariat...
ann65 a écrit :Mais si un jour ces piges salariées s'arrêtent, que ferez-vous au bout de quelques mois sans aucun revenu ni revenu de substitution ? Sûrement comme "tout le monde"... :roll: Adopter un statut qui vous permettra de rester dans le mouvement.
Sincèrement, je ne crois pas. D'autant que le Syndicat ne laisse pas sur le carreau un adhérent dans une situation critique... et se démène pour lui trouver du taff et/ou l'aider (un peu, dans la mesure de ses maigres moyens) financièrement. Eh oui... ça sert à quelque chose d'être syndiqué... sourire.
Mais, pour certaines raisons qui n'ont pas leur place ici, j'ai tendance, malgré mon statut de senior, à vivre au jour le jour, au mois le mois. Demain, c'est loin.
ann65 a écrit :Mais puisque ce syndicat (dont je ne critique pas l'action) "refuse" de considérer que les correcteurs puissent être des travailleurs non salariés, Azucena a donc raison d'appeler de ses voeux la création d'une "corporation représentative" des correcteurs salariés et des correcteurs TNS. C'est très logique.
Et plus les syndicats et autres corporations représentatives seront nombreux pour défendre les droits "gens qui travaillent", mieux ces derniers seront défendus !
Une précision qui a son importance : le Syndicat des correcteurs ne refuse rien du tout (même entre guillemets :wink: ), mais constate, déplore, et se bat pour le statut des correcteurs, sans jeter la pierre aux auto-entrepreneurs ni aux « agessistes ».
Il est d'ailleurs possible (et même conseillé) de s'inscrire à une liste, edition@correcteurs.org, qui permet à tous les correcteurs de France et de Navarre, quel que soit leur statut, syndiqués ou pas, de rester en contact, poser des questions, demander des conseils, signaler un employeur véreux, etc. J'ai déjà donné l'information sur ce forum il y a quelque temps.

Je n'ai pas dit qu'Azucena avait tort de souhaiter la création d'une corporation. Mais il m'a semblé en la lisant qu'elle pensait que rien n'existait à ce jour.
Plutôt que « d'appeler de ses vœux », pourquoi ne pas essayer de créer ? Un groupe de formacomistes de la promo 2010 a le projet de monter une coopérative de correcteurs. Beau projet, j'espère qu'ils ne renonceront pas.
ann65 a écrit :ann65 a écrit:
Il est donc une erreur que de considérer […].
coco47 a écrit:
Quelle curieuse formule, Ann. Pourquoi pas simplement : C'est une erreur … .

J'emploie très souvent cette formule. Elle est incorrecte selon vous ? :?
Comme Coco, je trouve cette formule étrange, très lourde et inutile. Mais grammaticalement correcte.
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Re: Quel tarif pour corriger un texte de 180 000 signes ?!

Message non lu par ann65 » 25 févr. 2011, 13:53

Catherine_75 a écrit : Ah oui, c'est vrai... On change les appellations pour rendre la « chose » plus valorisante : c'est tout de même plus classe de contribuer à l'économie territoriale que d'être taxé.
C'est une précision, rien de plus, pas un jugement de valeur.
Les AE ne recevront jamais leur avis de taxe professionnelle, puisque cette dernière n'existe plus et qu'elle a été remplacée par la CET.
C'est comme les instits qui sont devenus des « professeurs des écoles », les gens de ménage, des « techniciens de surface », etc.
Non, c'est un peu plus grave que cela.
C'est surtout un nouveau mode de calcul de cette taxe, très défavorable aux collectivités locales qui ont de plus en plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois, alors que leurs responsabilités ne cessent de s'accroître (lois de décentralisation) et parce qu'elles ont de plus en plus de prestations à verser (RSA, APA, etc.).
. L'erreur a peut-être permis à certains de réaliser qu'ils devront de toute façon bientôt « contribuer ».
En tous cas de se rendre compte qu'il y a bien intérêt à se renseigner et à faire des simulations avant de s'engager.
Sincèrement, je ne crois pas. D'autant que le Syndicat ne laisse pas sur le carreau un adhérent dans une situation critique... et se démène pour lui trouver du taff et/ou l'aider (un peu, dans la mesure de ses maigres moyens) financièrement. Eh oui... ça sert à quelque chose d'être syndiqué... sourire.
Un peu à la façon du syndicat de dockers ? :wink:
Sérieusement, je doute que LE syndicat soit à même de trouver du boulot à tous ses syndiqués sur le carreau si tous les correcteurs de France et de Navarre se syndiquaient
Une précision qui a son importance : le Syndicat des correcteurs ne refuse rien du tout (même entre guillemets :wink: ), mais constate, déplore, et se bat pour le statut des correcteurs, sans jeter la pierre aux auto-entrepreneurs ni aux « agessistes ».
Il est d'ailleurs possible (et même conseillé) de s'inscrire à une liste, edition@correcteurs.org, qui permet à tous les correcteurs de France et de Navarre, quel que soit leur statut, syndiqués ou pas, de rester en contact, poser des questions, demander des conseils, signaler un employeur véreux, etc. J'ai déjà donné l'information sur ce forum il y a quelque temps.
Mais est-il possible d'adhérer à ce syndicat si on est AE ou TNS ?
Le syndicat montra-t-il au créneau pour défendre un AE dont les (maigres) droits sont bafoués ?

Enfin, vous l'aurez compris entre les lignes Catherine, l'aspect "monopolistique" d'une organisation, quelle qu'elle soit, me dérange. J'étais aussi très mal à l'aise quand il n'y avait qu'une seule liste FCPE (que je conduisais pourtant) qui se présentait aux élections dans les écoles de mes enfants.

Il existe un syndicat des correcteurs et c'est très bien... mais il y a de la place pour d'autres organisations.
Comme Coco, je trouve cette formule étrange, très lourde et inutile. Mais grammaticalement correcte.
C'est un "tic de langage". Et je vais faire attention dorénavant. :?
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