Piger quand on est intégré ?!

Questions et débats à propos de la pige et des pigistes : tarif d'une pige, statut du pigiste, comment trouver des piges ? Comment vendre des piges ? Droits des pigistes, ...
farrell2
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Message non lu par farrell2 » 07 mars 2007, 09:24

Oh, j'ai fait craquer Babychoux. Qui n'en peut plus d'entendre dire que "pigiste" aujourd'hui, c'est juste rien. Et qui pratique la méthode coué, et qui se met des gouttes de soleil dans les yeux...
Bien. Peut-être suis-je un cas à part. Illustrons, illustrons.
En décembre, j'ai perdu 4 magazines qui se sont arrêtés, notamment 20 ans, Max et L'Echo des savanes. Un manque à gagner maousse, on est d'accord. J'ai appris l'arrêt des titres par CB News. Pas des groupes eux-mêmes, rien, même pas un mail. Aucune indemnité, même pas un document de fin de collaboration qui me permettrait peut-être (rions un peu) d'aller aux Assedic compenser le manque à gagner.
Y a t-il un métier, une corporation une seule qui pratique avec autant de mépris pour les droits ? Aucune. Normal, on n'est rien.

C'est un exemple. Un autre ?
Je passe certaines semaines plus de temps à faire des synopsis que des articles. Chez les intermittents du spectacle, c'est une période indemnisée au passage (puisqu'on pleure tout le temps pour eux). Et souvent des synopsis d'articles qui m'ont été COMMANDES par les rédactions ah ah. Le comble ! parfois même, elles me demandent une V2 de synopsis ayant changé d'idée entre temps. Comme si on disait à un plombier venu pour une fuite d'évier, "Oh, et puis pour le même prix (gratos) pourriez-vous regarder ma baignoire et mon chauffe-eau ?
Sans parler, oui Fenek, de l'appauvrissement des sujets, lissés, niais, consensuels (voyez la presse ciné par exemple), des papiers mutilés, payés en retard et moins que prévu, oubliés dans un tiroir.
Je gagne bien ma vie car je travaille 90 h/semaine (pigiste = liberté ?), et me défonce depuis 4 ans. Mais franchement, 1/ Ça m'a coûté mon couple. 2/ Je deviens aigre.
cath
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Message non lu par cath » 07 mars 2007, 09:57

OK à 100 % avec Farrell ! J'avais déjà lancé un post sur le sujet, et comme disait qqu'un , "ça sent le cafard".

Cela dit, Lila et Babychoux estiment peut être que c'est un plan jouable car elles paraissent jeunes. Mais franchement, sans être assoiffée de pognon, quand on voit à quel résultat on arrive après 16 ans de boulot et un niveau bac+6 :cry: c'est grave ! Et + le temps passe, + le différentiel s'accroît avec les "intégrés"...

Du coup, on a la totale : précarité + stress + mauvais revenus rapport au temps passé et à l'énergie dépensée...

bon moi je ne bosse pas 90h par semaine, j'ai pas le temps... Mais je suis sûre que si tu rapportes ce que tu gagnes à l'heure travaillée, c'est franchement pas terrible...

Les titres qui arrêtent brutalement de paraître, j'ai connu ça aussi...Bon moi ils m'ont prévenue quand même...

Autre point : la tendance au raccourcissement des papiers... de + en +, faut faire court et nerveux. Normal.

Sauf qu'un papier de 2 feuillets demande quasiment autant de boulot qu'un de 4 ou 5 : interviews, recherches... Certains sujets que j'aurais traités en 3-4 feuillets y a 10 ans, je suis aujourd'hui priée de les traiter en 1 ou 2... Avec bien sûr une pige divisée par 2 du coup...

J'ai une amie pigiste ds le secteur de l'immobilier, parfois on lui demande des encadrés d'un 1/2 feuillet... si elle veut les faire sérieusement, faut au moins appeler 3 ou 4 personnes :lol: Rentabilité ? Zéro ou presque.

Je crois que cette habitude d'être rémunérés " à la longueur", si elle se justifiait y a 15-20 ans, nous mène droit ds le mur aujourd'hui...
babychoux
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Message non lu par babychoux » 07 mars 2007, 12:43

Bonjour,
Je lis avec beaucoup d'attention vos messages qui effectivement me font comprendre pas mal de choses. Je suis entièrement d'accord avec vous lorsque vous parlez du manque de respect des rédactions envers les pigistes, de la dégradation du niveau général, etc.
J'ai une petite question... Libre à vous de me répondre ou non... Mais avant cela, j'aimerais vous dire que j'ai produit en janvier plus de 80 pages. Autant vous dire que je connais moi aussi des journées interminables et le travail le week-end (car n'oublions pas que les rédactions ont encore des journalistes intégrés pour pouvoir les presser un maximum... Nous n'avons pas de nombre maximum de pages à faire et cela, ils en profitent...). Mon salaire ne vole vraiment pas haut (surtout quand on voit la quantité de travail et de stress). Ne me demandez pas combien, j'ai une grande pudeur à ce sujet mais croyez moi si j'avais "pondu" ces pages en étant freelance, j'aurais gagné beaucoup plus... Je sais, je sais, il faut encore avoir l'occasion de produire ses pages, etc. Enfin, ce n'est pas ma question... Pourriez-vous me dire quel est le salaire moyen d'un pigiste travaillant "normalement" c'est à dire sans se tuer à la tache mais en étant suffisament motivé pour démarcher les rédac etc. Je sais que cela peut varier d'une personne à une autre mais pensez-vous que le salaire moyen soit de 300 € ou au contraire de 1000 voire 2000 voire 3000 € etc.
On attaque ici un des nerfs de la guerre... car effectivement, nous sommes certainement tous d'accord pour dire que nous travaillons trop par rapport à notre paie... mais j'aimerais avoir une idée de cette dernière. Libre à vous d'éclairer ma lanterne.
A bientôt
MacGee
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Message non lu par MacGee » 07 mars 2007, 17:39

lila a écrit :Excusez moi mais quand on est pigiste on peut également gagner BIEN PLUS qu'un journaliste intégré. Et on ne peut pas jeter la pierre au patron qui refuse une augmentation. Quand tu es pigiste tu as toutes les cartes en main. Il ne tient qu'à toi à refuser les piges mal payées, à démarcher les titres qui paient bien, a bosser comme un dingue... "Travailler plus pour gagner plus" s'applique très bien au pigiste! faut arrêter de jouer les victimes.
Aah, les sarkozystes, c'est effrayant la France que ces gens-là nous préparent. N'oubliez pas, le 22 avril et le 6 mai, votez !

Plus sérieusement et pour Farrell, je ne suis pas sûr que nous (c'est à dire, en tant que pigistes) opposer aux "intermittents" du spectacle soit très judicieux, c'est certain que leur système d'indemnisation est largement plus avantageux que le nôtre en période de vaches maigres mais ça n'empêche pas nombre d'entre eux de sérieusement galérer...

De même, cela m'irrite parfois légèrement l'opposition factice entre intégrés et pigistes tant l'intérêt des uns va avec celui des autres.
Cela étant, c'est vrai que quand on est intégré, on ne "s'amuse" pas à piger à droite et à gauche, ce n'est pas très fair-play avec des confères et consoeurs qui, pour la majorité d'entre eux, galèrent pour terminer leur fin de mois...
cilou
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Re: Très intéressant...

Message non lu par cilou » 07 mars 2007, 19:05

babychoux a écrit :Pourriez-vous me dire quel est le salaire moyen d'un pigiste travaillant "normalement" c'est à dire sans se tuer à la tache mais en étant suffisament motivé pour démarcher les rédac etc. Je sais que cela peut varier d'une personne à une autre mais pensez-vous que le salaire moyen soit de 300 € ou au contraire de 1000 voire 2000 voire 3000 € etc.
Je pense que c'est un chiffre impossible à trouver. Cela dépend de tellement de choses (et pas uniquement de la qualité du pigiste : celui-ci peut perdre quelques collaborations sans en retrouver d'autres et voir ses revenus chuter). Mais l'association des journalistes scientifiques (AJSPI) avait réalisé en 2005 une enquête sur ses membres. J'en cite la partie sur la rémunération. "La majorité des pigistes perçoit un revenu mensuel qui se situe entre 1000 et 2000 euros bruts, tandis quel e revenu de tous les permanents est supérieur à 2000 euros, excédant même, pour 6 d'entre eux, les 3000 euros. Presque tous les permanents ont 100 % de leur revenu lié à leur activité journalistique, ce qui n'est le cas que pour seulement un tiers des pigistes. Pour 6 pigiste, leur activité journalistique représente moins de 50 % de leur revenu mensuel".
Je ne sais pas si ça peut être extrapolé à tous les journalistes, mais c'est quand même révélateur.
Mais avant cela, j'aimerais vous dire que j'ai produit en janvier plus de 80 pages. [...] mais croyez moi si j'avais "pondu" ces pages en étant freelance, j'aurais gagné beaucoup plus... Je sais, je sais, il faut encore avoir l'occasion de produire ses pages, etc.
Ce qu'on produit en rédac et en pige n'est pas comparable. Par exemple, la rédaction des articles ne me prend pas plus de 10 % de mon temps. Le reste, c'est veille, recherche d'infos, rédaction de synopsis, etc. Bien sûr, le journaliste intégré fait aussi de la veille et de la recherche d'infos. Mais c'est plus difficile pour le pigiste, qui reçoit moins facilement des infos. Et le temps passé à essayer de vendre des sujets n'est pas négligeable !
cath
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Message non lu par cath » 08 mars 2007, 09:31

Edifiant, en effet, ton exemple des pigistes / intégrés... même s'il s'agit d'une pop. particulière (jstes scientifiques), je pense qu'on peut extrapoler sans trop de risque d'erreur...

Encore faut-il se demander comment ce comptage a été réalisé...

Ainis, les jstes salariés ont-ils réintégré, en déclarant leur revenu mensuel, le 13ème mois (ça correspond à + 8 %)... ?

De leur côté, les pigistes ont-ils pris en compte les 12 mois de l'année, y compris leurs vacances sans solde, ou seulement les mois où ils bossent ?

Bon, faut que j'm'y remette :) ...
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Les journalistes heureux d'exercer leur métier, inquiets pou

Message non lu par Fennek » 08 mars 2007, 10:10

Les journalistes heureux d'exercer leur métier, inquiets pour l'avenir

Un Français sur deux dit ne pas faire confiance aux médias, selon un récent sondage TNS-Sofres publié le 14 février dans La Croix. Mais les journalistes eux-mêmes, que pensent-ils de leur métier ? Cette question sera débattue lors des premières "Assises internationales du journalisme", au titre provocateur - "Un monde sans journalistes ?" -, organisées jusqu'au 9 mars à Lille et à Arras à l'initiative de l'association Journalisme et citoyenneté.


" On ne peut pas regarder chaque année les chiffres de la méfiance augmenter, et rester les bras croisés, observe Jérôme Bouvier, président de l'association organisatrice. L'ancien journaliste à Radio France et RFI estime que "le métier n'a jamais été aussi fragilisé qu'aujourd'hui, dans un contexte de précarisation économique, de révolution technologique, de l'irruption du journalisme citoyen".

Les résultats d'un sondage réalisé par l'institut CSA du 19 au 23 février auprès d'un échantillon représentatif de 405 journalistes (parmi les quelque 37 000 titulaires de la carte professionnelle) devaient être rendus publics mercredi 7 mars. Très majoritairement (à 92 %), les journalistes se disent "heureux" d'exercer leur profession. Sans surprise, ce score est plus faible (73 %) chez les pigistes, au statut plus précaire. Globalement, ils jugent à 70 % leurs conditions de travail "satisfaisantes", tout en estimant qu'elles ont évolué "plutôt négativement" ces dernières années, selon les deux tiers des sondés.

En matière de déontologie, les journalistes s'estiment, dans leur majorité, irréprochables, 68 % affirmant qu'ils font bien leur travail, contre 30 % seulement qui acceptent de faire leur autocritique et affichent un avis contraire.

INQUIÉTANTE CONCENTRATION

Ce qui fait obstacle à la qualité de leur travail, c'est avant tout "l'insuffisance des moyens matériels et humains" (44 %) ou "le manque de temps" (40 %), loin devant "la pression politique" (5 %). D'ailleurs, la plupart des journalistes (88 %) ont le sentiment d'exercer leur métier "librement".

L'apparition des journaux gratuits est davantage vécue comme une "chance" (à 53 %) que comme une "menace" (43 %). En revanche, la concentration des médias inquiète la profession, 90 % des sondés estimant que cela constitue un danger dans l'évolution du métier. Parmi les mesures les plus urgentes à prendre pour défendre la profession : une meilleure protection des sources et des dispositifs "anticoncentration".

Le développement des blogs de journaliste divise la profession. Une petite majorité (55 %) juge que "c'est une bonne chose", contre 40 % qui pensent le contraire. S'agissant du journalisme citoyen, 95 % des sondés craignent la confusion et estiment qu'il faudrait "mieux distinguer ce qui est du domaine du journalisme, de l'expression libre ou de la participation". Grâce à ces rencontres, Jérôme Bouvier veut créer un espace de dialogue entre les journalistes, mais aussi entre ceux-ci et les citoyens.

Sylvie Kerviel in Le monde du 07/03/2007

Pour resumer: La confiance dans les medias est en chute libre, mais les journalistes estiment faire du bon boulot... Mais bien sûr...
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Message non lu par Fennek » 08 mars 2007, 10:15

Vous noterez aussi que l'instauration d'un tarif minimum (je crois qu'on est la seule branche pro a ne pas en avoir un, je me trompe?) des piges ne fait pas partie de la priorité des "journalistes"...

Dans ce cas tout dépend de quels journalistes on parle....
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Message non lu par cath » 08 mars 2007, 14:56

Si, il me semble qu'il y a un tarif minimum au feuillet pour les piges (savoir s'il est respecté partout, c'est autre chose...)

Pour le reste, je pense qu'en effet le manque de temps et la précipitation font + de tort ds certaines rédactions que les pressions de tous bords...

Maintenant, concernant l'opinion des Français sur les médias, la défiance est largement répandue : "y nous disent n'importe quoi..." Mais quand tu demandes à une grande partie ce que c'est que "les médias" pour eux, c'est le JT de 20h00... :lol:

Les + critiques sont ceux qui ne font jamais l'effort d'aller acheter -et lire- un journal...
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Message non lu par zoom » 08 mars 2007, 15:33

L'apparition des gratuits, une chance bien vécue ?
Encore faut-il qu'ils ne fassent pas disparaitre la presse traditionnelle (ce qui se profile dans certains secteurs spécialisés), et surtout, que certains arrrêtent de considérer que puisqu'ils sont gratuits, ils ne voient pas pourquoi ils devraient payer leur contenu...
Cà m'amuse toujours çà, moi petit pigiste, les demandes de papiers ou de photos de la part de gratuits, mais avec des larmoiements parcequ'ils ne peuvent ou ne veulent les payer... Et bien entendu, tout gratuit et fauché qu'ils sont, c'est quand même la prose des professionnels qu'ils essayent d'obtenir a moindre prix en priorité !
Faut pas confondre gratuit (destiné à ramasser de la pub) et fanzine animé par des bénévoles... :twisted:

Ce que je constate dans mon quotidien, c'est qu'au delà de la stagnation ou de la baisse de mes revenus (vous en connaissez des canards qui ont augmenté leurs tarifs de piges ces dix dernières années ? Depuis mes debuts en 92, çà a pris au mieux 10%, souvent rien du tout, parfois baissé...), c'est surtout le mode d'utilisation des pigistes qui a évolué.
La commande se fait de plus en plus a la derniere minute, avec de moins en moins de temps pour la réaliser et un volume publié souvent en baisse pour le même travail...
Si j'étais mauvaise langue, je me dirais que l'on ne fait plus appel au pigiste qu'au moment du bouclage, quand on est sur que le permanent n'aura pas le temps de faire le papier qui manque, ou quand on est sur qu'il n'y aura pas gentils benevoles pour offrir un sujet ce mois-là...
:lol:
De collaborateur plus ou moins regulier, le pigiste s'achemine peut etre vers un role de bouche-trou, de pompier de service ce qui n'est pas toujours facile a gerer au quotidien... mais bon, il a qu'à travailler plus ce fainéant ! :shock:
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Message non lu par cilou » 08 mars 2007, 17:16

cath a écrit :Si, il me semble qu'il y a un tarif minimum au feuillet pour les piges (savoir s'il est respecté partout, c'est autre chose...)
Un tarif minimum, c'est obligatoire. Voir par exemple le smic : tu peux attaquer en justice un employeur qui te paye en dessous.
Pour la pige, il s'agit de tarifs minimum suggérés. Autant dire que les employeurs s'en tamponnent.
Zoom a écrit :Si j'étais mauvaise langue, je me dirais que l'on ne fait plus appel au pigiste qu'au moment du bouclage, quand on est sur que le permanent n'aura pas le temps de faire le papier qui manque, ou quand on est sur qu'il n'y aura pas gentils benevoles pour offrir un sujet ce mois-là...
Pareil pour moi, pour la moitié de mes collaborations. On fait essentiellement appel à moi en urgence, pour rattraper des coups foireux.
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