le serpent qui se mord la queue

Questions et débats à propos de la pige et des pigistes : tarif d'une pige, statut du pigiste, comment trouver des piges ? Comment vendre des piges ? Droits des pigistes, ...
cilou
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par cilou » 01 juin 2010, 19:16

@Ann : dans ton cas, si tes travaux de com te rémunèrent plus que tes travaux de journalisme, tu n'es plus officiellement journaliste. En effet, tu n'as plus comme activité principale, régulière et rétribuée l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, puisque le journaliste devient ton activité secondaire.
Mais dans la pratique, aucun de tes employeurs ne connaît tes revenus, tu es donc peinarde... sauf vis-à-vis de la CCIJP.
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 01 juin 2010, 19:18

cilou a écrit :
Et dans ce cas, la personne qui a posté et dont l'activité principale est le secrétariat et la traduction dans le cadre d'une activité libérale a le droit d'être payée... en DA.
Non : un secrétaire n'est pas un auteur, et un traducteur non plus. Il faut produire une oeuvre originale pour être un auteur (même si cette oeuvre est un texte de deux feuillets).
Ma question est : si ce prof ou cette secrétaire pige régulièrement pour Libé (par exemple), ses écrits sont considérés comme des "oeuvres originales" ou comme des.. articles, donc des travaux journalistiques ? Ils doivent être rémunérés en DA ou en salaire selon toi ?
Idem pour moi. 75% de mes revenus sont désormais issus de la com' d'entreprise ou institutionnelle. Je devrais donc accepter d'être payé en DA quand je bosse pour des journaux ?
Non, l'Agessa précise bien que les travaux de com ne rentrent pas dans le cadre des DA

J'ai bien compris cela. Il ne me viendrait pas à l'idée de me faire payer en DA quand j'écris pour le magazine municipal de Trifouillis-lès-Noisettes. Je facture (ou la ville me fait un CDD).
Je te parle bien de mes collaborations journalistiques à des JOURNAUX qui représentent un peu moins de 30% de mon activité !
Je ne suis donc plus considérée comme journaliste professionnelle. Alors je devrais accepter d'être payée en DA pour ces articles selon toi ?
C'est pour eux que c'est plus compliqué : ils visent à être journalistes professionnels (contrairement aux chercheurs dont je parlais), mais ils ne le sont pas encore, puisqu'ils ne parviennent pas à en vivre. Théoriquement, les journaux devraient les payer en salaire, sinon, c'est le serpent qui se mord la queue, comme l'indique le titre de ce post.
On peut aussi considérer qu'un chercheur vise à devenir journaliste pro sil en a marre de "chercher"... :wink:
N'y a-t-il pas plutôt une sorte de "tolérance" pour les contributions scientifiques des chercheurs, qui sont assimilées à des "oeuvres de l'esprit" plutôt à des travaux journalistiques stricto sensu
Non, je crois que c'est clairement dans les textes de loi.

Oui..Il est effectivement écrit sur le site de l'Agessa :

I - L'AGESSA

est compétente pour la gestion de l'affiliation des auteurs aux branches professionnelles suivantes :

1- Branche des Écrivains

* auteurs de livres, brochures et autres écrits littéraires et scientifiques (ce qui exclut les textes à caractère publicitaire ou promotionnel et de communication) ;
Dernière modification par ann65 le 01 juin 2010, 19:27, modifié 2 fois.
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 01 juin 2010, 19:24

cilou a écrit :@Ann : dans ton cas, si tes travaux de com te rémunèrent plus que tes travaux de journalisme, tu n'es plus officiellement journaliste. En effet, tu n'as plus comme activité principale, régulière et rétribuée l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, puisque le journaliste devient ton activité secondaire.
Mais dans la pratique, aucun de tes employeurs ne connaît tes revenus, tu es donc peinarde... sauf vis-à-vis de la CCIJP.
Oui, je sais et d'ailleurs, je ne demande plus la carte de presse.

Si un de mes potentiels employeurs me proposait de me payer en DA, je ne pourrais donc théoriquement pas lui dire : "Non monsieur le patron de presse, les journalistes ne doivent pas être payés en DA donc payez moi en salaire".

Dans la pratique, de toutes façons, je ne transige pas.
Toute collaboration pour un journal doit m'être payé en salaire, sinon je refuse la proposition.
Ca me fait toujours un peu de cotisations retraite et de points sur le régime général et les organismes de retraite complémentaire...
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par cilou » 01 juin 2010, 19:35

ann65 a écrit : Ma question est : si ce prof ou cette secrétaire pige régulièrement pour Libé (par exemple), ses écrits sont considérés comme des "oeuvres originales" ou comme des.. articles, donc des travaux journalistiques ? Ils doivent être rémunérés en DA ou en salaire selon toi ?
Même régulière, cette collaboration n'est pas le fait d'un journaliste pro, ça peut donc être payé en DA.
Je te parle bien de mes collaborations journalistiques à des JOURNAUX qui représentent un peu moins de 30% de mon activité !
Je ne suis donc plus considérée comme journaliste professionnelle. Alors je devrais accepter d'être payée en DA pour ces articles selon toi ?
C'est compliqué, car la nature du travail rentre également en ligne de compte. Le chercheur qui fait un article à Libé fait en général une tribune, une chronique, un point de vue, bref un article où il est seul maître à bord (sauf sur le calibrage), il est bel et bien auteur. Toi, au contraire, tu proposes tes sujets, mais tu reçois des consignes sur l'angle, le mode de traitement de l'info. Donc tu ne fais pas un travail d'auteur. Dans ton cas, la loi n'est pas super claire. Et toi, tu es toujours libre de refuser un travail journalistique non payé en salaire. Et rien ne t'oblige à aller mettre les textes de loi qui te dérangent sous les yeux de tes employeurs, ni à leur dévoiler tes revenus de com.
On peut aussi considérer qu'un chercheur vise à devenir journaliste pro sil en a marre de "chercher"... :wink:
Des chercheurs qui cherchent à devenir journalistes, on en cherche :wink: (quoique des chercheurs aux postes précaires font le pas vers le journalisme, c'est d'ailleurs ce que j'ai fait).
Plus sérieusement, la différence principale est que le chercheur a un poste (et donc, il n'est pas libre d'écrire ce qu'il veut, car il dépend de son organisme), tandis que l'apprenti journaliste n'en a pas.
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Message non lu par cilou » 01 juin 2010, 19:40

ann65 a écrit : Si un de mes potentiels employeurs me proposait de me payer en DA, je ne pourrais donc théoriquement pas lui dire : "Non monsieur le patron de presse, les journalistes ne doivent pas être payés en DA donc payez moi en salaire".
Si, tu peux lui dire, il n'est pas sensé savoir que tu n'es pas journaliste pro. Tous les journaliste pro n'ont pas la carte de presse, certains refusent de la demander.
Dans la pratique, de toutes façons, je ne transige pas.
Toute collaboration pour un journal doit m'être payé en salaire, sinon je refuse la proposition.
Tu as bien raison, puisque dans les faits, tu es une vraie journaliste : ce qui compte, c'est la manière d'exercer le métier. Un chercheur, lui, ne pourra pas faire un vrai travail de journaliste, car il n'a pas l'indépendance nécessaire. Toi, tu l'as, puisque tu es indépendante dans tes travaux de com. La seule limite, c'est bien sûr de ne pas faire un mélange des genres entre com et journalisme.
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 01 juin 2010, 19:47

cilou a écrit :
ann65 a écrit : Ma question est : si ce prof ou cette secrétaire pige régulièrement pour Libé (par exemple), ses écrits sont considérés comme des "oeuvres originales" ou comme des.. articles, donc des travaux journalistiques ? Ils doivent être rémunérés en DA ou en salaire selon toi ?
Même régulière, cette collaboration n'est pas le fait d'un journaliste pro, ça peut donc être payé en DA.

Donc, tu confirmes que je ne suis plus dans mon droit d'exiger d'être payée en salaire dans la mesure où je ne suis plus journalistes professionnelle..

même si je....
reçois des consignes sur l'angle, le mode de traitement de l'info.
Donc tu ne fais pas un travail d'auteur. Dans ton cas, la loi n'est pas super claire. Et toi, tu es toujours libre de refuser un travail journalistique non payé en salaire. Et rien ne t'oblige à aller mettre les textes de loi qui te dérangent sous les yeux de tes employeurs, ni à leur dévoiler tes revenus de com.
Eh bien moi, je préfère dire à mes potentiels employeurs que la loi est claire et que les travaux journalistiques doivent être payés en salaire, d'autant qu'ils ne savent effectivement pas quels sont mes "autres" revenus et que a carte de presse n'est pas obligatoire.

Et j'encourage tout le monde à en faire de même si nous voulons que le statut des journalistes soit préservé (même si ça ne me concerne plus directement et personnellement)
Plus sérieusement, la différence principale est que le chercheur a un poste (et donc, il n'est pas libre d'écrire ce qu'il veut, car il dépend de son organisme), tandis que l'apprenti journaliste n'en a pas.
Mais de la mêm façon, la nana qui prend un poste d'hôtesse d'accueil qui lui assure le SMIC et qui pige à côté est aussi "en poste"...

Mais je comprends ce que tu veux dire : les chercheurs s'expriment souvent dans les tribunes "au nom" de leur organisme de recherche et surtout, leurs contributions sont bel et bien des écrits scientifiques donc parfaitement compatibles avec le régime des Agessa.
La seule limite, c'est bien sûr de ne pas faire un mélange des genres entre com et journalisme.
C'est le minimum déontologique
J'ai d'ailleurs tout à fait récemment rédigé une brochure sur le bio pour un grand acteur de la restauration collective et parallèlement j'avais un papier à rédiger sur le bio dans la restauration collective pour un mag. C'était tout à fait par hasard.
J'ai interviewé et de la même façon les 3 grands acteurs de la restauration collective et je leur ai réservé le même traitement.
J'ai cependant prévenu mon client de cette "double casquette" et je lui ai bien précisé que mon objectivité serait totale.


Bonne soirée Cilou !
zoom
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par zoom » 01 juin 2010, 21:20

Cilou:
(quoique des chercheurs aux postes précaires font le pas vers le journalisme, c'est d'ailleurs ce que j'ai fait)
Tiens, moi aussi ... :lol:
cilou
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par cilou » 01 juin 2010, 21:59

La recherche mène à tout, à condition d'en sortir. Comme le journalisme ? :wink:
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 02 juin 2010, 11:06

cilou a écrit :La recherche mène à tout, à condition d'en sortir. Comme le journalisme ? :wink:
Je pense d'ailleurs que les jeunes journalistes qui peuvent véritablement s'en sortir aujourd'hui sont ceux qui ont une véritable connaissance reconnue par des diplômes de haut niveau, voire une expérience pro dans un domaine précis (scientifique, fiscalité, économie, sport...), qui sont bien sûr dotés d'une bonne plume et qui sont débrouillards.
Et ceux qui ont déjà une place réservée au chaud par maman, papa ou tonton. Comme dans le cinéma ou le théâtre.
Ceux qui percent sans tout cela sont les plus doués, les plus débrouillards parmi les débrouillards et les plus "chanceux". Le facteur chance existe aussi pourvu qu'on n'attende pas qu'elle tombe.
defr

Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par defr » 03 juin 2010, 10:17

@mijo :

Pas de souci Mijo, tu peux bien sûr avec qui tu veux (presse, com, web, institutions, etc.) en tant que journaliste et en facturant. Il n'y a absolument rien d'illégal à cela.

Le pb de ce forum est qu'il est trusté par des journalistes aigris et agrippés à leur statut datant de la dernière guerre mondiale, refusant du même coup d'évoluer d'un iota. Heureusement que l'on peut être journaliste et entrepreneur à la fois. Il n'y a aucune incompatibilité à cela.

A ce propos, il existe d'ailleurs un blog très intéressant d'un ancien de RFI qui se penche sur la question sans a priori dans un sens ou dans l'autre : http://www.journaliste-entrepreneur.com. Tu y trouveras des réflexions un peu plus modernes que celles que j'ai lues dans ton topic.
cilou
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par cilou » 03 juin 2010, 19:37

defr a écrit :Pas de souci Mijo, tu peux bien sûr avec qui tu veux (presse, com, web, institutions, etc.) en tant que journaliste et en facturant. Il n'y a absolument rien d'illégal à cela.
Ca t'arrive de lire les textes de loi, notamment la loi Cressard ?
Bien sûr que si, c'est illégal. Mais c'est illégal côté employeur. L'employé, lui, ne risque rien : il est plutôt perdant dans l'affaire.
Le pb de ce forum est qu'il est trusté par des journalistes aigris et agrippés à leur statut datant de la dernière guerre mondiale, refusant du même coup d'évoluer d'un iota.
Aigris ? En lisant ce forum, je vois surtout les aigris parmi ceux qui se font exploiter, à être payés des clopinettes en facture (quand on ne leur demande pas des articles gratos !). Pour ma part, je vis correctement de mon métier, en refusant toute proposition hors salaire, ou avec un salaire dérisoire, je n'ai donc aucune raison d'être aigrie.
Quant au statut qui date de la dernière guerre mondiale... tant que la loi n'est pas changée, il reste valable. Tu n'imagines pas le nombre de lois qui régissent ta vie actuelle et qui ont 50 ou 100 ans ! Il reste entre autres dans les lois actuelles une bonne partie du Code civil, qui date de Napoléon. Et alors ? elle n'en sont pas moins valables.
Heureusement que l'on peut être journaliste et entrepreneur à la fois. Il n'y a aucune incompatibilité à cela.
Si tu lisais les messages d'Ann, tu verrais que personne ne nie ici que l'on puisse être journaliste et entrepreneur. Simplement, les articles doivent être payés en salaires. On peut être entrepreneur pour tout le reste. Notamment lorsqu'on crée son propre média, comme Walter Bouvais que tu cites en exemple.
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 04 juin 2010, 11:00

defr a écrit :@mijo :

Pas de souci Mijo, tu peux bien sûr avec qui tu veux (presse, com, web, institutions, etc.) en tant que journaliste et en facturant. Il n'y a absolument rien d'illégal à cela.

Le pb de ce forum est qu'il est trusté par des journalistes aigris et agrippés à leur statut datant de la dernière guerre mondiale, refusant du même coup d'évoluer d'un iota. Heureusement que l'on peut être journaliste et entrepreneur à la fois. Il n'y a aucune incompatibilité à cela.

A ce propos, il existe d'ailleurs un blog très intéressant d'un ancien de RFI qui se penche sur la question sans a priori dans un sens ou dans l'autre : http://www.journaliste-entrepreneur.com. Tu y trouveras des réflexions un peu plus modernes que celles que j'ai lues dans ton topic.
Décidément, c'est une "mode" que de qualifier "d'aigrie" ou de "d'archaïque" toute personne rappelant qu'il existe des lois et que ces lois sont faites pour être respectées. Et d'ailleurs, elles sont faites surtout pour protéger le pékin moyen.
Les avocats, les juges (et bien sûr les syndicalistes) sont aussi des personnes "aigries" alors ! :roll:
Libre à toi d'accepter que te tes droits soient foulées du pied. Après tout, on fait tout ce que l'on peut. De là à encourager es autres à renoncer à leurs droits... :roll:
Ce dont je ne doute pas (et que je déplore) c'est que ce fameux statut des journalistes qui te donne des crises d'urticaire et te rend si... aigri :wink: , sera progressivement vidé de son sens et progressivement abandonné. Les patrons en presse en rêvent et si les journalistes les soutiennent, ce sera encore plus rapide.

Il n'y a effectivement pas d'incompatibilité entre l'activité de journaliste de l'entreprenariat... Tu peux être toiletteur pour chiens ou consultant en communication en libéral ET rédiger des articles pour des titres de presse... Aucune loi ne t'empêchera de les mener de front en toute légalité. C'est ce que je fais...

Mais un journaliste professionnel (celui qui tire l'essentiel de ses revenus du journalisme) doit être payé en salaire dès lors qu'il écrit pour un titre de presse.. C'est la LOI. Elle te semble peut être archaïque, mais c'est la loi et elle reste valable jusqu'à preuve du contraire.
defr

Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par defr » 04 juin 2010, 13:22

@Cilou et @Ann65

Si je puis me permettre, vous confondez tout. Le mode de rémunération n'a pas d'incidence sur le juste prix d'une pige. On peut être très bien payé ou très mal payé en salaires tout comme on peut être très bien payé ou très mal payé en factures.

Je ne comprends pas ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un journaliste indépendant puisse considérer ses donneurs d'ordre comme des clients plutôt que comme des employeurs.
Je ne vois pas non plus ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un titre de presse n'ait pas envie de se lier par un contrat de travail avec ses prestataires indépendants, préférant les rétribuer sous forme d'honoraires.

Il est là pour moi, l'archaïsme. A force de s'accrocher à cette idée qu'une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme les autres, on affaiblit la presse (qui n'a déjà pas besoin de cela pour souffrir...) et, par voie de conséquence, on s'affaiblit soi même en temps que journaliste.
Dans le même esprit, il y a cette histoire de période d'essai limitée à 3 mois et non renouvelable pour les journalistes. A cause de cette loi censée être protectrice, j'ai vu des gens ne pas être titularisés car leur employeur n'était pas suffisamment certain de leur valeur. Je suis convaincu que certains auraient été titularisés si la loi avait permis à leur employeurs de les tester pendant 6 mois comme n'importe quel autre salarié.

Mais cela ne veut pas dire que je cautionne les piges payées des broutilles. Je suis comme tout le monde : si mon client (ou votre employeur) essaye de m'exploiter, je rechigne. Tout indépendant que je suis.

Mes hommages d'affreux libéral :)
ann65
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par ann65 » 04 juin 2010, 13:58

defr a écrit :@Cilou et @Ann65

Si je puis me permettre, vous confondez tout. Le mode de rémunération n'a pas d'incidence sur le juste prix d'une pige. On peut être très bien payé ou très mal payé en salaires tout comme on peut être très bien payé ou très mal payé en factures.
Je ne confonds rien du tout.
Une personne qui accepte d'être payée 70 euros/feuillet en facture sera moins payée que s elle acceptait d'être payée 70 euros en salaire.

Lorsque je me fais payer en factures en feuillet pour des prestations de com je facture 130 euros/ feuillet car je sais que je dois en verser environ 45 % au titres des cotisations sociales (Urssaf, RSI et Cipav).

Il y a aussi des journalistes qui acceptent des feuillets à 20 euros en salaire. Je n'en fais pas partie et je considère que c'est de l'exploitation.
Pour moi, le juste prix du feuillet est ente 60 et 80 euros en salaire. Donc le double en honoraires (s'il s'agit de travaux de com)..
Je ne comprends pas ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un journaliste indépendant puisse considérer ses donneurs d'ordre comme des clients plutôt que comme des employeurs.
Là, tu confonds fournisseur et donneur d'ordre.
Le journal est le "donneur d'ordre" ou le "client"... et dans la mesure où il est censé payer ses journalistes (pigistes ou non) en salaire, il devient de facto leur employeur.
Le journaliste est le fournisseur. Et dans la mesure où la loi prévoit qu'il doit être rémunéré sous forme de salaire, il devient de facto le salarié.

Ce qui me chagrine c'est que c'est contraire à la loi...

Je ne vois pas non plus ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un titre de presse n'ait pas envie de se lier par un contrat de travail avec ses prestataires indépendants, préférant les rétribuer sous forme d'honoraires.
Idem ce qui me chagrine c'est que c'est illégal jusqu'à preuve du contraire. les articles de loi que j'ai cités s'appliquent toujours... même s'ils sont régulièrement bafoués.

Je ne me place donc pas sur le terrain du principe qui peut effectivement être contesté, ni de la morale, mais de la loi.
Il est là pour moi, l'archaïsme. A force de s'accrocher à cette idée qu'une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme les autres, on affaiblit la presse (qui n'a déjà pas besoin de cela pour souffrir...) et, par voie de conséquence, on s'affaiblit soi même en temps que journaliste.
Dans le même esprit, il y a cette histoire de période d'essai limitée à 3 mois et non renouvelable pour les journalistes. A cause de cette loi censée être protectrice, j'ai vu des gens ne pas être titularisés car leur employeur n'était pas suffisamment certain de leur valeur. Je suis convaincu que certains auraient été titularisés si la loi avait permis à leur employeurs de les tester pendant 6 mois comme n'importe quel autre salarié.
A tes yeux, le code du travail n'est qu'archaïsme, pour moi il est un filet de protection pour les salariés. Là je me place sur le terrain du principe et de la morale.

Pour autant, constatant que le secteur de la presse es sinistré et ne m'aurait plus permis de vivre décemment, j'ai personnellement opéré une reconversion pro. Et près de 75% de mes revenus proviennent désormais de mon activité libérale de communication.
Il n'empêche que je refuse de facturer mes articles pour des titres de presse. Parce que je persiste à penser que le statut du journaliste doit être préservé en l'état et non pas balayé. Donc à mon petit niveau, j'évite les coups de boutoir.
cilou
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Re: le serpent qui se mord la queue

Message non lu par cilou » 04 juin 2010, 14:50

defr a écrit :Si je puis me permettre, vous confondez tout. Le mode de rémunération n'a pas d'incidence sur le juste prix d'une pige. On peut être très bien payé ou très mal payé en salaires tout comme on peut être très bien payé ou très mal payé en factures.
Oui, on peut être mal payé en salaire. Pour ma part, je refuse les piges en deça d'un certain seuil. Quant à être bien payé en facture... j'en doute. Je n'ai jamais vu de facture à 200 euros le feuillet, alors que 100 euros en salaire (ce qui est équivalent en montant perçu à la fin), ça existe, bien que ce soit de plus en plus rare.
Je ne comprends pas ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un journaliste indépendant puisse considérer ses donneurs d'ordre comme des clients plutôt que comme des employeurs.
Il suffit d'imaginer qu'un titre qui bosse avec toi depuis dix ans décide tout à coup de réduire ses pages, donc ses piges. En facture, ils te disent adios, et c'est tout. En salaire, ils te doivent des indemnités de licenciement, qui te laissent le temps de te retourner. Ca change tout.
Je ne vois pas non plus ce qui vous chagrine tant dans l'idée qu'un titre de presse n'ait pas envie de se lier par un contrat de travail avec ses prestataires indépendants, préférant les rétribuer sous forme d'honoraires.
Bien sûr qu'il n'a pas envie. Je dirais même que 100 % des employeurs aimeraient ne pas se lier par un contrat de travail avec leurs employés. Malheureusement pour eux, ce n'est pas possible. Pour l'employeur d'une entreprise de presse non plus, ce n'est pas possible. C'est la loi, tout simplement. Mais visiblement, la loi, pour toi, c'est secondaire, ce qui compte avant tout, c'est la modernité :roll:
Il est là pour moi, l'archaïsme. A force de s'accrocher à cette idée qu'une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme les autres, on affaiblit la presse (qui n'a déjà pas besoin de cela pour souffrir...) et, par voie de conséquence, on s'affaiblit soi même en temps que journaliste.
Bien sûr, d'ailleurs dans les autres pays, où les journalistes ne sont pas payés en salaires, les journaux sont en pleine forme, et aucun journal centenaire n'a mis la clé sur la porte ces dernières années, c'est-ce pas ? :roll:
Mais cela ne veut pas dire que je cautionne les piges payées des broutilles. Je suis comme tout le monde : si mon client (ou votre employeur) essaye de m'exploiter, je rechigne. Tout indépendant que je suis.
C'est beaucoup plus facile de rechigner quand on est salarié. Parce qu'on a des droits, contrairement à l'indépendant.
Mes hommages d'affreux libéral :)
Ce n'est pas ton aspect libéral qu'on critique, c'est ton acharnement à considérer que la loi, ce n'est pas important, et que les employeurs peuvent (doivent) passer outre.
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